254 – Pourquoi est-ce qu’Ulysse est sans cesse retardé dans son retour ? Pourquoi est-il freiné par différentes tempêtes, naufrages, selon la haine que lui voue Poséidon ? Mais pourquoi l’est-il aussi par des séances prolongées auprès de femme qui sont plus que des femmes, des nymphes, des demi-déesses, des magiciennes voire des princesses, Calypso, Nausicaa et Circé ? Pourquoi est-il si difficile de rentrer chez soi ? Rentrer chez soi, c’est tout à fait autre chose que d’y être resté. N’oublions pas les morts vivants.
255 – Ulysse est donc dans l’entrée, et il dort tellement mal qu’Athéna le gratifie d’une apparition spéciale. Elle descend du ciel, faite comme une femme. Elle s’arrête au-dessus de sa tète, s’adresse à lui et le fait dormir. Il doute un peu et la déesse le reprend. Plût au ciel qu’une déesse choisisse de temps en temps un mortel et monte une garde de la sorte ! Aux petits enfants catholiques, on racontait bien qu’ils avaient un ange gardien, lequel ne faisait pas preuve d’une présence si particulière.
257 – Il y a bandaison de l’arc… Et le premier qui y arrivera emportera le morceau, le morceau d’une femme. Je rappelle qu’une seule flèche doit traverser en enfilade douze trous pratiqués dans le fer. C’est du fer, et il y a douze trous ! Le bandeur, le flècheur, doit en traverser douze d’un coup ! Avis aux amateurs de trous ! La plupart des mortels – nous le savons en ce qui concerne les mâles – n’envisagent même pas qu’il puisse y avoir là un prix à gagner. Sans parler du fait que les uns ou les autres n’arrivent pas à bander l’arc. Et pourtant, il s’agit de la jeunesse la plus noble d’Ithaque. Pour ce qui est du contemporain, à supposer qu’un petit arc soit susceptible d’être bandé, on peut presque parier que ça n’irait pas plus loin que deux ou trois trous ! Et encore, je suis optimiste. Ils ne sauront pas grand chose de ce qu’il y a au bout de l’épreuve des douze.
(GUERRES SECRETES. Éditions CarnetsNord, 2007.)







