195 - J’essaie de voir, ou plutôt d’écouter et de respirer, le jardin où je suis. Après le printemps des pâquerettes, des giroflées, des roses, des mimosas et des lilas, c’est l’été des lavaters (explosifs), et puis de nouveau des roses, des cannas, des géraniums, de la sauge (pointue et discrète), de la lavande (merveille des narines), des fleurs d’acacias blanches ou roses, des lilas d’Espagne, des roses trémières, du solanum, des lauriers rouges ou roses, des marguerites, des églantines, des bignonias, des althæas. Un arbre mimosa est toujours là, les rosiers sont en train de revenir, rouges, blancs, roses, crèmes (bonjour Ronsard), des dizaines de papillons blancs flottent, se posent, butinent en même temps que les bourdons. Le verbe butiner (butin, lutiner) se profile en miel sur fond de néant. Un peu de musique ? Mais oui, Chérubin, dans Les Noces de Figaro, papillon d’amour, farfallone amoroso, Mozart lui-même avant qu’il devienne Don Juan. Et puis non, silence, ce silence-là, au bord de l’océan, un silence aux couleurs épanouies et vives.
Printemps, été, automne : un brasier silencieux, les fleurs.(FLEURS, Éditions Hermann, 2006)







