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Publié le Dimanche 25 novembre 2007 à 12:00:00
Par S.

202 - La société puissamment décomposée de mon temps a ses rites, j’ai les miens. À voir ce qui s’expose partout comme « art contemporain », ou ce qui se publie sans arrêt comme « littérature contemporaine », je me demande pour quelle raison je devrais vivre dans un asile de névrosés. Mais il suffit de changer de trottoir, de marcher à l’air libre et d’avoir une bonne bibliothèque, pour échapper en une minute à cette marée noire de laideur.

«  La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement cruel des différents degrés de la méchanceté. » (Lautréamont, Poésies.)


 
201 – Pour parler carrément de métaphysique, mon attirance va donc à l’Église catholique, apostolique et romaine, dont l’histoire ténébreuse et lumineuse m’enchante. Des kilomètres d’archives souterraines, des saints dans les greniers, des diplomates dans les caves, des informateurs partout, de la charité, des hôpitaux, des mouroirs, des martyrs, un contact permanent avec la pauvreté et la misère, sans parler de l’audition impassible des impasses organiques en tout genre, et, par-dessus tout ça, une richesse et un luxe insolents, bref un Himalaya de paradoxes. Cette absurdité cohérente ma plaît. En un mot : je n’aime pas qu’on veuille assassiner les papes.
(UN VRAI ROMAN, Éditions Plon, 2007)


l'Ange de l'Annonciation et la Vierge de la Visitation, Reims




Publié le Dimanche 04 novembre 2007 à 23:59:59
Par S.

200 – Où suis-je ? La main court, l’océan monte à l’horizon, je sens de loin sa pression et son odeur d’iode, les acacias, sur ma droite, sont toujours aussi indulgents pour moi. Il y aura, comme tous les ans, une « rentrée littéraire », 700 romans en compétition, 6 ou 7 de sauvés, marathon maniaque. La Toile fait rage, les blogs pullulent, Internet ne dort pas, les mails pleuvent, les fax crépitent, les télés et les radios se courent après, les journaux roulent. Bien entendu, je me tiens au courant. Une ou deux heures de vice, huit de vertu. J’aime bien bavarder, mais j’aime encore mieux me taire.

(UN VRAI ROMAN, Éditions Plon, 2007)   

199 – Elle court maintenant sur le papier, la main, cahier Clairefontaine, papier velouté, elle rejoint son vol toujours empêché et toujours repris, increvable, avec ses visions de fleurs, de fleuves, de lacs, de marées, de miroitements, de sérénité, d’ouverture de toute la matière. Des particules se posant sur le papier ? Sortant de lui ? Qu’est-ce qui se passe, au fond, dans cette longue amitié entre le papier et l’air, avec le papier et l’encre, comme entre l’eau et le sel ? Les Chinois disent simplement qu’on œuvre ainsi, par soi-même, au «  renouvellement de l’immuable ». En tout cas, plutôt sur l’eau, maintenant : on sait prendre le vent, virer, rebondir, on sillage. J’écris à la voile sèche.



Sollers, 23 oct 2007 19h15