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Publié le Lundi 08 janvier 2007
Par S.

136 – Les jardins du plaisir, livre essentiel ( Éd Philippe Rey, 2003), livre magnifique. Silence beauté luxe, calme, volupté. Pas de péché, pas d’enfer, tout se passe dans des lieux suspendus, à l ‘écart, en dehors de la famille et de l’État (sinon, c’est la mort). Le « jeu des nuages et de la pluie » est réglé selon une technique de délicatesse. C’est la guerre, sans doute, mais une guerre fleurie. Les corps recherchent un rythme et un souffle qui les mettent à l’unisson des phénomènes naturels. L’acte sexuel lui-même est montré comme un concentré de pensée et de vide. Impassibilité des visages, tout a l’air de se passer à l’intérieur, mais quel intérieur ? Non, pas d’intérieur, c’est le lieu lui-même qui jouit. On est à la fois dedans et dehors, il n’y a plus ni dedans ni dehors : quel repos, quelle précision, quelle richesse. Les partenaires se sont rejoints, une robe va s’entr’ouvrir, une chevelure se défaire, mais la parole est donnée aux fleurs, aux arbres, aux roches trouées, aux oiseaux. Pins, platanes, saules, pommiers, pruniers, magnolias, mousse, pivoines. Montagnes lointaines, branches proches, sexe dressé, enlacement, surprenante égalité des sexes (comme, souvent, dans le XVIIIe siècle français). Hommes et femmes ne sont pas séparés, ils ne sont pas confondus non plus, ils sont d’accord, ils s’entendent. Encore une fois, ces corps viennent de loin, de vieilles expériences chamaniques, ils le savent, ils savent se servir d’eux-mêmes et de l’autre, une déesse passe par-là sous la forme d’une jolie marchande de poisson. Bo Juyi (772-846) : « Sa voix était clair, sa danse légère, elle jouait sur les cordes d’anciens et de nouveaux airs, elle peignait avec son pinceau des fleurs qui surpassaient la nature. » Licence sexuelle et floraison de la poésie : ce n’est pas un hasard. Chant, musique, danse. « L’automne est frais, les fenêtres sont ouvertes, la lueur de la lune entre dans la maison. Il est minuit. On ne voit rien, n’entend rien, sauf deux rires derrière un paravent. »
( LE CORPS CHINOIS, Le Monde des Livres, 19 décembre 2003)



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