140 – Duo ? Non trio, puisque l’auteur pénètre, comme personne avant lui, dans les petits papiers du psychisme féminin. Fin de la Sainte Mère, fin de l’Idole idéale. Laisse-moi être, laisse-moi vivre, dit Stephen à sa mère, tout en la traitant intérieurement de « goule » et de « mâcheuse de cadavres ». Il y a un péché originel lié à la procréation et, donc, à la mort ? C’est probable, terrible, mais surtout cocasse. Stephen est la vision « artistique » de Joyce, Bloom son versant progressiste et scientifique voué à l’obsession sexuelle. Les hommes et les femmes ? Malentendu complet, mais justement. Commencez par le splendide épisode de Nausicaa : la jeune boiteuse ravissante sur la plage, renversée en arrière pendant un feu d’artifice, et le sombre satyre Bloom en train de la regarder depuis les rochers en se masturbant. Le lieu est-il clairement indiqué par le tourisme en Irlande ? On en doute.
( JOYCE, DE NOUVEAU, Le Monde des Livres, 11 juin 2004)
139 – On sait ( on ne sait pas assez) que Mirabeau a été un partisan résolu de la masturbation, surtout à deux, la solitaire entraînant « une très grande dissipation des esprits animaux ». Ce qui est frappant, dans le rideau levé ( Éd Jean-Claude Gansewitch, 2004), c’est la mise en garde contre les excès sexuels, aussi destructeurs que les grossesses forcées ou intempestives. Le sexe a une fonction de connaissance, mais sans cette connaissance il est vite destructeur ou abrutissant.Au contraire, « tout est plaisir, charmes, délices, quand on s’aime aussi tendrement et avec autant de passion ». Mirabeau est très précis : toutes les positions y passent, en hommage à la vraie philosophie. Une philosophie que l’on peut dire résolument féministe, quitte à faire hurler ceux ou celles qui croient connaître le sens de ce mot. Le lesbianisme le plus raisonné est ainsi célébré, et cette révélation vient du père. Le Père, en somme, est un nouveau dieu qui prend la place du Dieu ancien ( ce Dieu procréateur étant faussement hétérosexuel ).
( LUMIERES DE MIRABEAU, Préface à Mirabeau, Le rideau levé ou l’Éducation de Laure, éd. J.Cl. Gansewitch, 2004)
138 - Il est vrai qu’on n’imagine pas Blanchot (mais pas davantage Sartre, Camus, Foucault, Derrida, Lacan) se laissant aller à écrire : « J’imagine une jolie putain, élégante, nue et triste dans sa gaieté de petit porc. » Ni ceci : « L’être ouvert – à la mort, au supplice, à la joie – sans réserve, l’être ouvert et mourant, douloureux et heureux, paraît déjà dans sa lumière volée : cette lumière est divine. Et le cri que, la bouche tordue, cet être tord peut-être mais profère, est un immense alléluia, perdu dans le silence sans fin. »
( SCÈNES DE BATAILLE, Le Monde des Livres, 3 décembre 2004)







