143 – À manquer d’être érotique, on devient hérétique.
( CLAUDEL PORC ET PÈRE, Art Press n ° 70, mai 1983)
142 – Baudelaire a des visions et des hallucinations, soit. Elles ne sauraient en aucun cas troubler la science, le progrès, l’humanisme, l’évolution des mœurs, la paix des ménages. Pourrais-je vous dire, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, que ma mère, ma femme, ma maîtresse, ma sœur, ma fille, ma petite-fille ne sont que des outres pleines de pus, ou des débris de squelette ? Cette insulte à la dignité féminine élémentaire doit être sévèrement sanctionnée. Il n’est que trop évident que Baudelaire, sans être gay, ce qui le rendrait sympathique, n’est pas non plus lesbian, - mais que son trans-genre queer est une façon de dissimuler sa haine des femmes dans leur substance même, substance dont il se veut, au fond, sous prétexte de poésie, le vampire forcené.Condamné.
( L’ÉROTISME DE BAUDELAIRE, Préface aux Poèmes interdits, Éd. Complexe, 2005)
141 – L’amour entre femmes implique, on le sait, le rejet et l’exclusion de l’homme conçu comme brutalité déflorante et bestialement reproductrice. C’est dans ce « pas d’homme » radical que Baudelaire s’introduit, en faisant parler comme jamais les actrices de cette récusation fiévreuse. Leurs baisers sont « légers comme des éphémères, qui caressent le soir des grands lacs transparents ». Leur plaisir est un désir d’oubli, d’enfouissement, de sommeil, de néant, de mort. Mais le prix à payer est une rage stérile, sans cesse renouvelée, comme s’il s’agissait de fuir un infini intérieur. On est donc bien en enfer, mais dans la révélation inouïe que la mort, au fond, jouit fémininement d’elle-même. Qu’elle vienne sur scène pour le dire n’est pas du goût de la société, on s’en doutait. Condamné.
( L’ÉROTISME DE BAUDELAIRE, L’INFINI n° 93, Hiver 2005)







