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Publié le Samedi 13 janvier 2007
Par S.

146 – Mauvais rapport avec le langage, mauvais rapport avec l’Être : c’est la même chose…Ce langage exige au contraire la grande adresse, une adresse presque inhumaine. Le problème, c’est qu’elle ne sera jamais perçue comme telle par les humanoïdes, qui s’efforceront de la tourner en dérision. L’adresse n’est pas aimée. On la ridiculise. Le sens commun se venge contre elle de ce qui lui échappe. Il la vitupère. Pourtant, le seul signe annonciateur d’une « mutation du dire » serait précisément l’adresse… Je parle d’une adresse physique dans la pensée et dans le langage. Pas l’aisance verbale du péroreur. Mais la véritable adresse… Plus on est grand, plus on a de parasites. Heidegger est très grand, il a donc beaucoup de parasites. Il y a ce vampirisme dans l'air. La société s’agite dans un parasitage exacerbé. Mais comment parler du « dernier dieu » sans évoquer son double nécessaire : le diable ultime ? C’est lui qui favorise en sous-main le vampirisme. Lui qui alimente le parasitage. Que cherche le diable ultime ? Il s’efforce d’empêcher la mutation épiphanique du divin. C’est son travail quotidien. Le médiatique n’a pas d’autre étayage. Les fétichistes qui mangent leur langue n’ont rien à dire sur rien. Ils sont rivés à la queue à maman. Sortis de là, silence. Or la langue qu’on parle contient la pensée dont on est capable. Elle en est même la stricte équivalence. La  vérité procède de cette mise en pensée de la parole.
(LA MUTATION DU DIVIN, L’INFINI n°93, Hiver 2005)

 
145 – La « maturité »de l’Être, quel état désirable. Surtout à cette époque où vous pouvez constater chaque jour combien nous sommes entourés de pubertaires. Bizarre impression. Se trouver constamment aux prises avec des pubertaires affolés. Ils sont littéralement avalés par la prise de la sessualité. Ce que je constate, c’est une adolescentite universelle. Que Maman en soit émue, je n’ai pas besoin de vous le dire. Ni qu’elle en profite pour perpétuer son règne. Une société vouée à l’adolescence demeure sous le contrôle de Maman. Vous pensez si quelqu’un s’intéresse à faire advenir l’Être à sa maturité ! Et s’il survient quand même, quelle réprobation l’accompagne ! …L’Être, parvenu à sa maturité, amène le dessaisissement de la subjectivité, ce qui effraiera toujours les nihilistes adolescents. La maturité de l’Être coïncide avec sa richesse, l’ »inépuisable sans effort », comme dit Heidegger. Cet inépuisable, c’est le plus proche, auprès duquel vous passez sans lui accorder un regard. Qui veut jouir de l’inépuisable ? Au fond, personne. Trop risqué pour un humain. Toute existence est ainsi fondée sur l’assassinat continuellement répété du plus proche, sur le meurtre de l’inépuisable, en tout cas sur son oblitération. Aimer son prochain comme soi-même, voilà bien une parole invraisemblable. Ça ne s’aime pas soi-même, figurez-vous. La « machination de l’efficience » aboutit à une lutte des places incessantes sur fond de férocité pubertaire.
(LA MUTATION DU DIVIN) 

 
144 – À partir d’un certain point du temps, la métaphysique permet aux « voyous publics » de s’imposer comme type humain – c’est l’exemple du parfait nihiliste, du nihiliste qui fait carrière dans l’officialité. Rien à voir avec la délinquance passagère. Le voyou public se caractérise par un renoncement à penser. La métaphysique comme présupposition mène le voyou public vers la haine de la pensée. Avec cette haine, on retrouve une vieille connaissance : MAMAN. Or celle-ci ne passe pas à la trappe. Au contraire. Si Dieu défaille, Maman tient le coup et vient à sa place. En général, cela intervient dans une absence de pensée très remarquable – et tenace. Et pragmatique. La psychose féminine et l’hystérie sont ici convoquées pour ranimer le théisme, au besoin depuis le délire.La trappe à Dieu ramène à la folie des femmes. Il faut en faire l’expérience personnelle pour s’y retrouver.Le ravissement et l’emportement font, de toute façon, partie de l’expérience du divin. La propagande nihiliste prend à la longue la forme de l’usure. Elle lasse celui qui va se définir comme l’ « isolé ». Mais il lui oppose un combat violent – spirituel. Il arrive qu’il y ait du sang partout. Mais sa chance est là : il ressent le délaissement de l’Être comme un appel à ne pas le délaisser. Comment l’Être pourrait-il se refuser à l’ »isolé », et l’abandonner au délaissement ? Il n’attend qu’un geste de sa part, un SAUT vers lui. Une chose très simple, presque insignifiante.
( LA MUTATION DU DIVIN)


Frank Horvat, Le sphinx, 1962.gif


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