202 - La société puissamment décomposée de mon temps a ses rites, j’ai les miens. À voir ce qui s’expose partout comme « art contemporain », ou ce qui se publie sans arrêt comme « littérature contemporaine », je me demande pour quelle raison je devrais vivre dans un asile de névrosés. Mais il suffit de changer de trottoir, de marcher à l’air libre et d’avoir une bonne bibliothèque, pour échapper en une minute à cette marée noire de laideur.
« La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement cruel des différents degrés de la méchanceté. » (Lautréamont, Poésies.)
201 – Pour parler carrément de métaphysique, mon attirance va donc à l’Église catholique, apostolique et romaine, dont l’histoire ténébreuse et lumineuse m’enchante. Des kilomètres d’archives souterraines, des saints dans les greniers, des diplomates dans les caves, des informateurs partout, de la charité, des hôpitaux, des mouroirs, des martyrs, un contact permanent avec la pauvreté et la misère, sans parler de l’audition impassible des impasses organiques en tout genre, et, par-dessus tout ça, une richesse et un luxe insolents, bref un Himalaya de paradoxes. Cette absurdité cohérente ma plaît. En un mot : je n’aime pas qu’on veuille assassiner les papes.
(UN VRAI ROMAN, Éditions Plon, 2007)

(UN VRAI ROMAN, Éditions Plon, 2007)







