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Publié le Mercredi 31 décembre 2008
Par S.

236 - Seul, malade, et décourageant de moi comme j’avais le secret – et le talent – de le faire, je trouvais enfin l’extrême, vers où je tendais aveuglément. Cet extrême : la perte de tout projet, sa dénégation sans appel, en même temps qu’une contemplation frileuse. Alors, je retrouvais cette présence en moi, que ni les agitations, ni les trahisons, ni les conquêtes imaginaires n’avaient pu éloigner ; cette présence, cet «  invariant » qui compose, juge, soupèse, décide et soupire. Je touchais enfin l’extase, la certitude du vide absolu. Et j’éprouvais que la vie était ce merveilleux suspens dont je ne savais et ne saurais jamais rien dire, auquel cependant je m’abandonnais sans recours, comme si j’allais à ma perte dans quelque puéril et provisoire enthousiasme.  

235 - «  Cet instant de conscience – me disais-je – qu’il faudra détruire sous peine de vertige, ce phénomène aigu d’interrogation, je sais bien qu’ils sont sans lendemain. En eux, à partir d’eux, tout peut-être considéré comme résolu. Il faut donc que je pose ma résolution intime comme préparation au néant, que je tâtonne vers ces limites obscures, que je me dissolve passionnément dans cet effort… »
  


234 - J’étais abandonné, mais toutes les possibilités ajournées par le monde et la société des ennuyeux, se réveillaient, s’orchestraient, à la lettre : se mettaient à courir en moi. L’important n’est pas tellement de « penser », que de se regarder avoir soif : je m’épiais à convoiter le monde.

(UNE CURIEUSE SOLITUDE. Éditions du Seuil, 1958)


temps 2009




Les commentaires
Publié le Mardi 06 janvier 2009
Par Christine
"J’ai atteint à ce petit bout de moi, si immense qu’il ouvre le passage à l’infini. J’ai atteint ce lieu où règne misère et désolation. Horreur ? Tristesse d’un ineffable de la mort. Il n’y a rien. Rien qui ne puisse dire ce que je suis. . Le secret de la vie ? Le vide. Dans un élan d’amour je t’offre ma propre souffrance. Fraternité de l’âme nue. Ta douleur me fait t’aimer, comme une sœur, comme un frère. Nous nous rejoignons en ce point d’innommable de la solitude. Dans la déchirure nous pouvons enfin nous aimer, infiniment séparés dans la communauté du manque. Nous sommes chacun à un bout de nos univers construisant vainement un décor devant ce spectacle de misère si insupportable que la mort physique nous courtise de son œil froid insondable. Parfois, j’entrouvre une fenêtre : j’ai le bonheur de te voir, suant, pleurant, construisant sans cesse, sans cesse, sans cesse… construisant ce décor que l’espoir te pousse sans cesse à détruire, pour ne pas oublier, pour ne pas oublier d’où tu viens, pour ne pas oublier où tu finiras, pour jouir d’en construire un nouveau, toujours identique, jamais le même, insigne suprême de ta liberté. J’aime te regarder cadavre pas encore mort, j’aime te regarder t’agiter dans une danse frénétique, pauvre squelette qui se raccroche à un sens que tu sais creux. Mais tu as envie d’y croire, pour ne pas en finir de suite. « Encore un peu s’il vous plaît ! Pas tout de suite Mère… ». Moi je ne fais que survivre. Trouver le moyen pour survivre, pour ne pas disparaître tout à fait, pour ne pas mourir sous les décombres de votre empire qui s’écroule. "
Ch. Arnault
Publié le Dimanche 11 janvier 2009
Par Majuscule
Revenir sur ses pas. Répéter ce qui n'a pas été dit. Savoir le frémissement du vent. Jurer qu'on ne nous y prendra plus ! Comme une ombre sur ton visage. A peine. Merveilleux suspens, en effet...
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