236 - Seul, malade, et décourageant de moi comme j’avais le secret – et le talent – de le faire, je trouvais enfin l’extrême, vers où je tendais aveuglément. Cet extrême : la perte de tout projet, sa dénégation sans appel, en même temps qu’une contemplation frileuse. Alors, je retrouvais cette présence en moi, que ni les agitations, ni les trahisons, ni les conquêtes imaginaires n’avaient pu éloigner ; cette présence, cet « invariant » qui compose, juge, soupèse, décide et soupire. Je touchais enfin l’extase, la certitude du vide absolu. Et j’éprouvais que la vie était ce merveilleux suspens dont je ne savais et ne saurais jamais rien dire, auquel cependant je m’abandonnais sans recours, comme si j’allais à ma perte dans quelque puéril et provisoire enthousiasme.
235 - « Cet instant de conscience – me disais-je – qu’il faudra détruire sous peine de vertige, ce phénomène aigu d’interrogation, je sais bien qu’ils sont sans lendemain. En eux, à partir d’eux, tout peut-être considéré comme résolu. Il faut donc que je pose ma résolution intime comme préparation au néant, que je tâtonne vers ces limites obscures, que je me dissolve passionnément dans cet effort… »
(UNE CURIEUSE SOLITUDE. Éditions du Seuil, 1958)235 - « Cet instant de conscience – me disais-je – qu’il faudra détruire sous peine de vertige, ce phénomène aigu d’interrogation, je sais bien qu’ils sont sans lendemain. En eux, à partir d’eux, tout peut-être considéré comme résolu. Il faut donc que je pose ma résolution intime comme préparation au néant, que je tâtonne vers ces limites obscures, que je me dissolve passionnément dans cet effort… »
234 - J’étais abandonné, mais toutes les possibilités ajournées par le monde et la société des ennuyeux, se réveillaient, s’orchestraient, à la lettre : se mettaient à courir en moi. L’important n’est pas tellement de « penser », que de se regarder avoir soif : je m’épiais à convoiter le monde.







