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Publié le 03 juin 2006 à 14:47
Par Le Club "Sphère &Toile"
2éme Partie


Il veut vous payer une bière à toutes les deux, Elle accepte. Elle se tourne un peu vers lui. Ca faisait un petit moment qu’il observait. Il pose des questions, Elle répond, vous aussi. Il vous écoute toutes les deux, s’intéresse autant à l’une qu’à l’autre. Les sujets s’enchaînent, les verres aussi. Votre regard se fait traînant, les complexes s’étiolent. Vos yeux s’attardent sur ceux des autres avec moins d’inhibition, vous y mettez un peu plus de vous et vous vous laissez porter par l’ambiance. Vous croisez le regard d’un gars qui vous plaît et vous vous écartez un peu de la conversation.

C’est alors qu’arrive l’un des amis de votre interlocuteur. Il se rabat sur vous tandis que l’autre continue sa discussion avec Elle. Et il parle, parle. Et vous n’aimez pas ce gus qui se sent obligé de régir vos goûts musicaux en se servant des siens comme critère de jugement universel. Physiquement, il ne vous plaît pas non plus. Vous cherchez à nouveau du regard celui que vos yeux avaient rencontré précédemment. Vous le voyez au fond de la salle, debout devant le groupe de musique dont le concert a débuté Dieu sait quand, vous ne vous rappelez plus. L’enthousiasme chevillé au corps, vous insistez, l’observez, et il se retourne vers vous, croise votre regard et esquisse un sourire. Forte de cette victoire, vous vous retournez vers votre verre que vous allégez d’une gorgée, et vous vous apercevez que « Gus » est toujours en train de vous parler, s’est même rapproché, et vous souffle désormais au visage une haleine chargée de bière et de charcuterie mélangées. Dans la mesure où la vôtre pourrait presque supporter la comparaison, charcuterie mise à part, vous décidez d’être indulgente. Vous lâchez péniblement que vous allez écouter le groupe. Elle, Elle discute toujours, les yeux embrumés, agrippés à ceux de celui qui n’a de cesse de parcourir ses cuisses de ses mains pressées. Elle l’embrasse. « Gus » s’énerve à présent sur la lutte des classes, peut-être depuis que vous lui avez dit être obligée de travailler pour payer vos études. Vous vous apprêtez alors à aller écouter le concert seule, et entamez une descente de tabouret.

Vous ondoyez vers le fond de la salle, vous empêtrant dans le regard des autres qui, désormais, ne vous fait plus aucun effet. La musique vous plaît et vous commencez à danser. Un verre vous arrive dans les mains et vous espérez alors qu’il vienne du jeune homme qui vous avait souri. Vous levez les yeux pour vous percevoir que c’est bien lui. Il sourit désormais franchement et trinque avec vous. Vous dansez ensemble, quelqu’un vous bouscule et vous renversez un peu de bière sur lui. Ca semble l’amuser, il est aussi saoul que vous. Vous dansez, vous l’embrassez. Ca lui plaît. Un de ses copains vient vous l’arracher, ils sont attendus ailleurs.

Retour désenchanté vers « Gus ». Il parle avec Elle. Ascension pénible de tabouret. « Gus » s’absente. Elle vous regarde de ses yeux cernés et vitreux. Elle vous répète qu’Elle vous adore et vous étreint. Elle vous demande si ça ne vous embête pas si Elle va passer le reste de la nuit chez le gars, Elle vous laisse ses clés. Vous pouvez ramener « Gus » chez Elle, Elle vous fait confiance. Embourbée sur le terrain du désenchantement, vous acquiescez cependant avec un franc sourire. « Gus » revient, Elle part en vous embrassant. Le paysage danse alors plus violemment devant vos yeux. Le visage de « Gus » vous paraît plus agréable. Parmi les effluves d’alcool et de sueur, vous ne sentez plus son haleine. Il s’approche de vous et essaie de vous embrasser, tentative avortée par une chute de tabouret, elle, loin d’être pénible. Il rit, vous non. Il se relève, vous payez, prenez vos affaires et sortez entraînant un « Gus » tanguant dans votre sillage.

« Gus » finit par vous amuser sur le chemin du retour, crachant des embryons de phrases. Vous lui répondez en mots mâchés qui courent plus vite que votre bouche ne peut articuler. Chaque pas fait vibrer le paysage devant vos yeux, la lumière des lampadaires vous éblouit, mais vous savez où vous êtes et où vous allez.

Les ombres dansent sur les murs, suivant vos mouvements. Vous reconnaissez la vôtre que vous observez derrière la brume dont l’alcool a alourdi vos yeux. Elle se meut tranquillement, aussi noire que les angoisses qui vous parcourent de l’esprit au bas-ventre, et vous espérez un instant pouvoir la laisser derrière vous sur ces murs, chargée de ces peurs qui font de vous une âme étouffée. Le paysage s’étend devant vous et vous tend une brassée d’inconnu, trame sur laquelle vous brodez votre route point par point, pas à pas, submergée d’amertume et de nausée mélangées. Les fenêtres s’ouvrent sur l’obscurité, la noirceur d’une pièce sans lumière aussi opaque que les yeux des gens que vous imaginez y habiter. Vous y laissez s’engouffrer votre ombre qui s’y retrouve noyée, fusion d’ébènes, où vous lui espérez la rencontre furtive avec celle d’un autre rôdeur contemplatif. Un nouvel étourdissement vous emporte dans une spirale visuelle où se mêlent lumière, architecture, et peuple noctambule d’ombres non identifiées que vous pourriez presque prendre pour celles des âmes nomades dont les propriétaires sommeillent paisiblement entre leurs quatre murs.

Les mains de « Gus » viennent s’accrocher à vous, remontent, se posent au hasard, promeneuses insolentes dont la froideur vous ramène dans votre corps. Vous réprimez un haut-le-cœur et essayez de le regarder dans les yeux afin d’y déceler une parcelle d’envie de vous. Il essaie également, et l’idée qu’il puisse chercher la même chose dans les vôtres vous attendrit et vous le rend plus attractif. Il prend votre main et vous terminez le trajet en vous bousculant l’un l’autre, l’équilibre perverti par la danse incessante d’un paysage peu docile.

[...]/[...]


Auteur : Mulholland-Diane
Publié le 03 juin 2006 à 12:05
Par Le Club "Sphère &Toile"



1) Qu'est-ce qui vous a poussé à créer ce blog ? Pourquoi ce pseudo ?


J'ai créé ce blog un peu par hasard, après ma découverte des MSN Spaces. J'ai trouvé intéressant l'idée de pouvoir laisser transparaître de nous uniquement ce que l'on voulait, et pouvoir dépasser ainsi la barrière des apparences en la détournant à notre avantage justement! Pouvoir contrôler l'image que l'on donne de soi (tout en restant sincère évidemment), quelle meilleure aubaine?! Un blog, malgré l'évident principe de confession, permet d'entretenir un peu de mystère autour de soi-même. Bref, on se met en scène, un peu comme au théâtre!
Le pseudo, lui, c'est grâce à ce film, Mulholland Drive. Pour la première fois, j'avais devant moi un film qui nous permettait d'entrer au plus profond de l'esprit d'un personnage, jusqu'à presque nous faire ressentir les conséquences physiques que les sentiments qui le triturent ont sur lui. Je me suis tellement identifiée à cette Diane Selwyn, que moi qui papillonnais de pseudos en pseudos d'ordinaire, je ne peux désormais plus en adopter un autre sans sentiment d'infidélité!

 
2) En parcourant vos lectures je note Ellis et Palahniuk, deux auteurs sombres et dérangeants, vous retrouvez-vous à travers leurs écrits ?


Enormément. Les personnages qui m'ont le plus touchée chez eux sont des personnages féminins. Lauren Hynde, dans "Les Lois de l'Attraction" d'Ellis, et Marla Singer dans "le Fight Club" de Palahniuk. Leur univers ultra-réel, presque même encrassé des produits de la société de consommation qui nous entoure, me paraît paradoxalement complètement détaché du nôtre et emprunts d'une touchante subjectivité.


 
3) Leur écriture est incisive et touchante à la fois, votre trait de caractère se rapproche t-il de ces deux termes ? Lequel plus que l'autre ?


Incisive, oui! J'en suis certaine.
Touchante? Je ne sais pas. Les autres sont plus aptes à répondre à cela, je pense. Incisive, c'est indéniablement moi, lol.

 
4) Le cinéma a une grande place dans votre vie, c'est ce que je ressens lorsque je visite votre blog ? Je note Lynch, Fincher, Van Sant et Dupontel, encore là, on retrouve cet univers hors du cliché commercial. C'est tout à votre honneur, que pensez-vous du cinéma tel que nous le vend les journaux ou la télé ?


J'en pense qu'il est nécessaire, sans doute. Beaucoup de gens ne partagent pas mes goûts et ça n'est sans doute pas pour ça que le leur est mauvais. Du moins, c'est ce que je me répète sans arrêt lorsque je vois paraître la copie de la copie de la copie du dernier film d'action qui ait marché. Je me force souvent à rester indifférente, et ne pas m'énerver devant Fast and Furious et autres films que je qualifie souvent de bêtises. Ca n'est pas mon goût, voilà tout.
  

5) Avez-vous réussi à faire de votre blog l'espace que vous vouliez en faire au départ ?


Oui! J'en suis très contente.

6) Sachant que la perfection n'existe pas ? Que manquerait-il à votre blog pour qu'il soit parfait ?


Beaucoup plus de musique. Toute celle qui me représente disponible sur mon blog pour illustrer mes humeurs!

7) Lorsque vous visitez les blogs qu'est-ce qui fait que vous n'y remettez plus les pieds, les doigts, la souris... les clics ?


Que les gens ne paraissent pas sincères et trop fiers d'eux. Ceux qui, à défaut de faire des listes de la musique qu'ils aiment ou autres films, livres, etc..., en construisent sur "la musique qu'il FAUT absolument écouter quand t'es un djeunz cool, quoi"

8) A l'inverse ce qui vous touche ?


La sincérité, et le mystère derrière une apparente confession. Est-ce vrai? Est-ce de la fiction? A-t-on affaire à un auteur manipulateur ou un timide insurgé?

9) Le manque d'inspiration, passage à vide... des termes qui vous inspirent de l'effroi ? 


Oui. J'ai le sentiment de n'être plus rien quand je n'ai rien à dire et que je me sens vide d'imagination. J'ai tellement l'impression que chaque texte que je produis est vain tant il est l'echo d'œuvres géniales produites bien avant...

10) Lorsque vous abandonnez l'espace de quelques jours, votre blog vous manque t-il et continuez-vous malgré tout d'errer sur vos fameux blog'art que vous aimez tant en guise d'inspiration ?


Il me manque, oui, et je parcours sans cesse mes blog'art. Celui de Manu Larcenet et de Boulet particulièrement. Mais une coupure est parfois nécessaire pour recharger sa verve.

11) Quelle est l'activité artistique dans laquelle vous vous sentez le plus à l'aise ?


L'écriture. Ca sort tout seul. Je ne retouche quasiment jamais rien. Hélas? lol
 Non, je n'arrive pas à changer quoi que ce soit.
 J'ai l'impression que c'est me violer. 

12) Parlez-nous de vos croquis que l'on aime à admirer dans votre album ?


Je les aime et les déteste à la fois. Je les aime parce que dessiner une belle femme que j'admire, c'est m'approprier un peu son physique. Et je les déteste parce qu'ils me rappellent que je n'ai pas le physique que j'aimerais avoir, et que je ne fais rien qui vienne de moi, que je ne fais que jouer les faussaires au lieu de créer. Seulement deux de ces portraits sont réalisés sans modèle.

13) Votre nouvelle "24" est plutôt sombre, il y a une désillusion touchante dans ce personnage, il vous ressemble ou ce n'est que de l'inspiration ?


Il me ressemble.
...
Trop.

14) Allez-vous continuer à nous en proposer d'autres, S.V.P, ne dites pas Non ?


Oui, j'en mets un en ligne juste après avoir répondu à cette interview !

15) La question que vous auriez aimé que je vous pose et sa réponse :
Aimez-vous qu'on vous vouvoie ?

Non ( ;-) )

16) Selon vous qui a dit ceci : "L'écriture a été pour moi un moyen de me faire accepter. Et je ne concevais pas de m'en servir comme d'une arme."


     _ Bret Easton Ellis
     _ Chuk Palahniuk
     _ Hubert Selby Jr

Chuk Palahniuk est le seul que l'on pourrait confondre avec un activiste je pense


Arto Joe :
Bonne réponse bravo ! Vous connaissez vos auteurs, cela fait plaisir.



17) M'accorderez-vous un prochain entretien ? Si non pourquoi ?

Avec joie !


Portrait chinois "si vous étiez" :

un film :
Mulholland Drive
un livre: American Psycho
une chanson: Somewhat Damaged (Nine Inch Nails)
un personnage historique: Jeanne d'Arc
un juron: Sainte merde !
une odeur: le musc blanc
une saison: l'été
un lieu : Los Angeles
un animal: un chat
un vêtement: un corset
un objet: un stylo
une arme: un fouet
une drogue: je ne serais pas


Questionnaire de Pivot :

Votre mot préférré:
chimère
Celui que vous détestez: capital
Votre source d'inspiration: la frustration
Ce qui vous répugne: les moutons de Panurge
Quel est le métier que vous auriez aimé exercer: actrice
Le métier qui vous débecte: commercial
L'arbre, la fleur, l'animal etc... dans lequel vous souhaitez vous réincarner: un percheron
Votre péché préféré: la gourmandise


[Le blog : "Voyage au centre de la tête"]


Propos recueillis par Arto Joe