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Publié le 06 juin 2006 à 13:17
Par Le Club "Sphère &Toile"


Je te regarde cela fait bien dix minutes maintenant.
Je me dis au fond de moi que cela fait assez longtemps que je ne t'avais regardé de la sorte.
Inéluctablement ce serait ce soir.
Tu m'effrais un peu je dois te l'avouer. Tu es si jolie encore.
Ta beauté est de celle qui terrifie. D'ailleurs mes souvenirs font fondre le bloc de glace qu'était devenu ma mémoire et je revis la crainte que j'ai ressenti lors de notre rencontre. J'ai de nouveau peur.
Tes yeux ouverts ne fixent rien de particulier, peut-être regardes-tu au-delà de la vie ? 
Tu sembles paisible. Ton visage est froid lorsque je lui offre un baiser. Tu ressembles à une statue de marbre avec tout le romantique que le tailleur aurait sculpté dans ta chair, j'aurais aimé être celui-là.
Je m'étais réveillé car j'avais froid, tu n'étais plus à mes côtés voilà pourquoi.
Je t'ai cherché de la main, du pied, du regard... désormais des souvenirs. 
Tes longs cheveux caressent ton corps et dansent autour de lui.
Tes bras m'appellent mais ton coeur a renoncé à ces cris douloureux depuis longtemps déjà. Ouvert et même si l'on devine l'abandon dans le geste, c'est bien moi que tes bras réclament.
Je reconnais à présent que je le scrute - tes contours, tes formes, ta peau, ta chair... - ton corps tout entier m'est fort désirable abandonné de la sorte. Une victime de l'amour et du désir.
Il était délaissé encore hier et depuis combien de temps ?
Tes jambes ne t'ont plus supportées, non par ton poids tu es si frêle et encore plus aujourd'hui mais le poids de ton âme qui était bien trop lourd pour ton enveloppe charnelle.
Je le sais, je le savais...
Mais avais-je un moyen quelconque de deviner que ce serait cette nuit que tu quitterais ces vêtements de cuir trop courts qui n'ont pu loger ton âme et ton amour... que ce serait cette nuit que tu quitterais cette vie si courte...
Mon amour qui n'a cessé de voler dans tous les sens au gré des souffles d'Eros sans savoir exactement où se poser est épuisé.
Désormais il se posera quelque part, un endroit où l'on ne cours plus où la stagnation est signe de toutes les fins... des désirs et des joies... sur ta tombe car il t'y a sans le vouloir précipité.




Auteur : Arto Joe
Publié le 17 mai 2006 à 10:36
Par Le Club "Sphère &Toile"



A l’horizon le ciel, je l’imagine, s’incline et mon cœur crache dans mes veines le venin de mes souvenirs. Je ne vois qu’une raie de lumière osant s’aventurer dans cette cage, dévoilant la crasse qui entoure ma vie désormais.


Il va faire froid ce soir, comme hier et peut-être comme au premier jour dans cette cage. J’ai l’impression d’avoir toujours eu froid dans ma nouvelle demeure. Pourtant ce fut en plein milieu de l’été, la vie s’accélère toujours en été.


Surtout ne pas y penser, d’ailleurs, j’ai tout oublié.


Impossible de me souvenir, c’est une explosion douloureuse qui détonne dans mon crâne meurtrit.

Mais ce fut en été, de cela j’en suis persuadé.


J’ai perdu la notion du temps.

L'Homme a même réussit à un mettre un nom sur cette notion qui n'est ni plus ni moins que l'avancé vers sa propre fin. Il compte le temps des damnés d'avant lui et envisage même celui des pauvres gens à naître. L'Homme se confond tellement dans une recherche effrénée.
De quoi ? Personne ne le sait vraiment.
Peut-être est-ce l'immortalité ? 


Le temps pour moi n’est plus une référence désormais.

Et absence de temps est éternité, un éternel présent.

Rien de plus important que les courtes minutes d’illuminations que je savoure comme autant de perles éphémères.

Il m'a fallut fuir.
Fuir ma vie, mon passé et même mon futur car désormais je n'aurais plus de lendemains. Je me suis trouvé cette tanière perdu dans les bois entre deux flancs de montagnes. Résidences d'oiseaux pêcheurs, d'arbres résineux, de pierres volcaniques et de bestioles rampantes. 

J'observe ces deux versants montagneux qui un jour se rejoindrons peut-être. Et les images qui me viennent ne sont ni plus ni moins que l'extrapolation de ma condition mentale.  Je les imagines se refermer comme une énorme bouche m'avalant dans ce qui sera ma dernière demeure, les tréfonds de la terre. L'éternel nuit de l'enfer.  

Car le crime est un pêché.


Ma misérable demeure de feuillages et de branchages est exposée vers l’ouest, je ne profite guère des quelques minutes de soleil car il se couche tôt dans ce pays, surtout en cette période. A peine a t-il atteint son point culminant haut dans le ciel que le voilà qui sombre déjà dans un horizon rougeoyant. Ne me reste que quelques rayons rouges sanguins, habillant d’une couleur vive et fugitive le lit languissant de la rivière en contrebas. Extropolation du lit de mon amour ensanglanté.

 Vous comprenez ma fuite à présent. Vous comprenez mon immortalité.
L'extrapolation de mes demains qui jamais ne connaitrons le repos même au-delà de cette vie. Car l'on reçoit en retour d'un amour assassiné un éternel hiver de solitude. Une errance sans fin.

Pourquoi faut-il que les souvenirs soient aussi gris que les murs de nos prisons ?


Ce mélange de noir et blanc, deux extrémités en continuelle lutte.

Comme celle du bien contre le mal, de la lumière contre l’obscurité, de la vie contre la mort, de l’amour contre …… la mort, aussi.



Auteur : Arto Joe