J'ai entendu il y a peu de temps l'histoire d'un jeune homme très intéressant. D'origine maghrébine et très modeste (ceci pour dire qu'il a dû se battre pour pouvoir faire des études), il est aujourd'hui pilote de jet privé pour un prince d'Arabie Saoudite. Et il concluait son histoire de la manière suivante : « c'est donc bien que ça marche ; il faut arrêter de se présenter comme des victimes, du fait de ses origines... ». En à peu près ces termes là. C'est une très belle histoire.
Mais cela soulève un point important en terme de storytelling.
On devine ici la force de caractère de ce jeune homme, sa détermination, des qualités très personnelles, et à vrai dire, pas forcément à la portée de tout le monde. C'est là que le bât blesse. Pour être efficace, avoir une influence, un impact, une histoire ne doit pas être délivrée clé en mains à ses auditeurs, il faut laisser une place à ses derniers, un espace pour qu'ils puissent s'y exprimer, se l'approprier, la dépasser, qu'elle agisse comme un tremplin. Ce n'est pas le cas ici : on ne touchera effectivement qu'une frange trop infime du public, car l'histoire est trop fermée : en storytelling, le choix ne doit pas être « on entre dans l'histoire » ou « pas », l'histoire n'est pas un produit de consommation, mais un produit semi-fini, à travailler.







