Mardi 31 octobre 2006
Ça y est, c’est Halloween ce soir… « Quoi, Halloween ? », me demanderait ma grand mère en me lavant la bouche au savon. « Encore une connerie inventée par les américains pour concurrencer notre toussaint catholique ! », aurait-elle rajouté. Ce à quoi je ne sais pas si j’aurais pu répondre, puisque ma bouche serait pleine de savon… Ma grand mère était d’ailleurs une femme un peu « hors norme ». Résistante, elle avait forcé mon grand père, qui, lui, voulait juste rester tranquille, à entrer dans les Forces Françaises de l’Intérieur. Bref, une femme à poigne. Elle m’a appris plein de choses, et si certains disent « j’veux pas embrasser mémé, elle pue le vieux », moi je dois dire que je sentais plutôt l’odeur du whisky et des cigares. Mais bon, si je commence à parler de sa vie, je ne vais plus m’arrêter. Je vais juste parler de l’événement le plus marquant : ses derniers mots. C’était, si je ne me trompe pas, parce que j’étais encore petit, la veille de sa mort. On était allés la voir, dans son petit village alsacien. Ça faisait longtemps qu’elle n’arrivait plus à bouger à cause d’un problème de circulation sanguine (dont, d’ailleurs, nous avons tous hérité, merci mamie). Jamais je n’oublierais ce jour. On nous avait forcés, ma sœur et moi, à venir lui rendre hommage. Il y avait le curé, qui, d’ailleurs avait l’air de se faire ch… Finalement, même mamie semblait en avoir marre de l’attente. Donc, c’était le moment des sacrements (ce que je ne compris que bien plus tard…). Il lui a demandé « Sophie, quels sont vos derniers mots ? », hyper doucement. On pensai qu’elle allait dire quelques banalités, du style, je vous aime tous, l’argenterie est pour Denise, ou « je vais rejoindre Dieu le père et je prierais pour vous », bref, loukoum !!! On s’est tous penchés en avant pour essayer de l’entendre, et c’est là qu’elle a hurlé « flambez-moi ! », un peu comme une possédée… Et là c’était comme si elle avait dit « je suis une chiennasse ». Le curé s’est frappé la poitrine avant de s’effondrer, ma mère a buté sur lui et s’est cogné contre le pied du lit. Le chapelet du curé s’est cassé et les perles blanches se sont éparpillées. Ma tante s’est tenue la tête et a commencé à blasphémer, et mon père s’est mis a parler dans une langue inconnue « glublugruflu ». Le scandale faillit faire le tour du village. Mais il fut décidé entre les grands que rien ne s’était passé. Elle fut donc enterrée dans le caveau familial (du coté de ma mère), et le curé a dit « elle est comme un bateau qui quitte la rive », et « la vie est un éternel mystère ».
D’ailleurs demain, pour la toussaint, on va fleurir sa tombe. En attendant, j’ai acheté des bonbons au munster, au roquefort et à l’époisse, pour les enfants, mais personne n’est encore venu. Dommage, je voudrais bien voir leur tête quand ils y goûteront !
Ce soir, pensée toute particulière pour Cunigula (http://blog.ifrance.com/cunigula), notre petite sorcière du net, pour qui, j’en suis sur, c’est un jour important !
Bonne soirée !!!!
