Vendredi 3 novembre 2006
Pourquoi, sur les photos des livres d’histoire et dans les documentaires de France 3 à trois heures du mat (oui, oui, je sais, ma vie est trépidante…), les kamikazes japonais (oui, je sais, il y avait très peu de kamikazes suisses, mais bon, passons les détails s’il vous plait, sinon on y sera encore demain !) portaient-ils des casques ? Réfléchissez-y une minute. C’est une question qui me turlupine depuis toujours : c’est vrai, ils devaient bien se douter, en lançant leurs avions bourrés d’explosifs contre les navires de guerre américains, que ça allait mal finir ? Et pourtant, à chaque mission, ces braves types attachaient gentiment leurs casque de sécurité, pleins d’optimisme.
Ben grosso modo, c’est sensiblement ce que j’ai fait en acceptant de déjeuner avec Alex et un copain à lui. « Gilles, un super copain, il est génial, tu vas l’adorer ». En me voyant, le « génial » Gilles a commencé par couiner « n’est-ce pas super ??? ». le mot « super » devait être en promo à Auchan, parce que je l’ai entendu un nombre incalculable de fois. Donc on est allés au « Jardin du Tivoli », un restaurant du Hilton, relativement chic, discret et décontracté. Il est presque physiquement parfait le Gilles, c’est justement ce qui en fait son coté exaspérant… Et puis cette voix de… Enfin bref. Et maigre comme un clou. Je suppose que c’est un fidèle des clubs de gym, vous savez, ceux du genre où on a vue sur les passant en courant. Bref, le genre génétiquement gâté, qui mesure sa vie en Visa Premier ou en CODEVI…
« Alors, c’est SUPER, non ? » a-t-il demandé quand la serveuse (style ukrainienne, blonde, grande, avec des jambes comme des autoroutes…) nous a montré notre table. Là il a fallu que je me calme, et je lui ai dit « tu sais, tu n’est pas obligé de hurler super à chaque fois que tu respire ». Et là, Alex m’a foutu un de ces coups dans les côtes, j’ai compris qu’en plus il fallait que je sois gentil. Alors j’ai pris une coupe de champagne.
Et puis alors, sa façon de manger, avec des petites bouchées microscopiques, on aurait dit que c’était un effort surhumain. Rien qu’à le voir manger, je me suis senti mentalement et physiquement gonfler… A un moment, j’ai demandé si je pouvais avoir un peu de sel, parce que j’avais renversé la salière, et il m’a dit un truc du genre « Faut pas dire que tu voudrais, faut dire ‘j’ai besoin’. Si tu te comporte comme un bouffon, les petits connard comme lui (il parlait du maître d’hôtel) te traiteront comme un bouffon ». Des baffes. J’avais envie de lui foutre des baffes.
Et là il demande à Alex « il est vraiment superrrrrr, non ? » avec une joie dont je ne suis jamais capable. Et là, le coup de grâce « t’es plus que super, t’es dingue ». Hein ? Pardon ? je suis sensé le prendre comment ? Bref, je n’ai rien dit, j’ai juste souri. Mais il a continué « il y a un petit oiseau qui m’a parlé de toi, tu vois qui je veux dire… ». Franchement, j’ai essayé, mais je n’ai pas pu me retenir, je lui ai demandé « tu parles au oiseau ? ». Il faut dire que je ne suis pas très porté sur les gens qui parlent aux oiseaux. Les gens normaux leur tirent dessus, ou essayent de les garder en cage, ou tronçonnent leur habitat naturel, ou répandent des nappes de pétrole sur eux, enfin bref…
On est arrivés au café sans autre problème, et il m’a demandé si je ne trouvais pas que ma vie ferait une bonne série télé. Et puis il m’a dit qu’Alex lui a tout dit de moi. Tout ? Même moi j’en suis encore à gratter la surface de mon moi intérieur, et ce con il sait tout ? Et donc il m’a expliqué que je suis à la fois très ambitieux sur le plan professionnel, et complètement cinglé. Et il me dit que j’ai une vie passionnante. C’est là que je me suis énervé,. Je lui ai dit « attends juste une petite minute, passionnante, ma vie ?Je ne sais pas ce qu’a dit Alex, mais c’est faux. Même moi je ne suis pas passionné par ma vie,et c’est moi qui me réveille tous les matins dedans ». Je criais vraiment, et la serveuse ukrainienne m’a demandé de baisser un peu le ton. Alors je suis sorti, et j’ai fumé une cigarette en les attendant.
Le pire, c’est que je ne voulais pas y aller, parce que je ne me sentais pas bien. La prochaine fois, je dirais que je suis mort.
Bon week-end les amis…
