IL ETAIT UNE FOIS L'AVEYRON ....
Histoir es, Contes, Légendes et Croyances populaire retraçant la vie du village et de notre région à travers le temps.
Les textes sont tirés de diverses sources citées dans la bibliographie de ce blog.
Bonne lecture à tous
pascal : bonjour auriez-vous des renseignements historiques sur le chateau ruiné de Veyreau dans les gorges de la jonte ? merci et bravo pour votre blog
marie : merci pour ce blog, pourriez vous m'indiquer des sources de documentation concernant la commune de mountpeyroux
gilles : Bonjour, je prépare un jeu de piste entre amis, dans la région de pousthomy et st sernin, et merci pour vos précieux renseignements. A bientôt
jean amans : boite de coutou
camelias : ravie d'avoir découvert votre blog qui est un tresor d'histoires, http://blog.ifr ance.com/lescam elias12
William : Bonjour! Je me marie en juin en Aveyron. Je m'empresse de réferencer votre blog sur le site de notre mariage ! http://ingrid.e t.william.site. voila.fr
Aladrya : Vous pouvez laisser vos commentaires ici ...
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Publié le 27/02/2007 à 10:25
Par Aladrya
Le luminaire n'est pas moins simple. Un principe fondamental présidait à son utilisation on s'en passait tant que la lueur du jour ou celle du foyer permettaient de vaquer aux travaux en cours, et nos ancêtres jouissaient d'une singulière faculté d'accommodation!
Les plus pauvres utilisèrent longtemps de grossières chandelles de résine ou de poix. Puis, l'abondance d'huile de noix dans le pays fit apparaître une lampe très primitive, « lou calel », faite d'un récipient à trois ou cinq becs portant des mèches. Bien des fermes ne possédaient que des lumignons, et à la nuit tombante la plupart des besognes se faisaient dans une demi-obscurité.
A la fin du siècle le Rouergat dispose enfin d'un moyen d'éclairage plus efficace avec la généralisation du pétrole, utilisé d'abord dans la lampe Pigeon, puis dans de nombreux modèles de lampes tempête.
Point de commodité non plus dans l'approvisionnement en eau.
Dans les fermes caussenardes c'est souvent une véritable hantise car les nappes et les citernes s'épuisent vite ainsi que les « lavognes » ou s'abreuvent les brebis. Ailleurs, les puits existent dans tous les villages. Particuliers ou mitoyens, ils sont maçonnés en un petit édifice recouvert d'ardoises grossières et fermés par une porte rustique. L'eau monte dans un seau suspendu à une chaîne qu'on enroule sur un tourillon à chevilles. Il faut parfois la tirer de plus de vingt mètres.
On imagine alors la peine de la maîtresse de maison et des servantes à qui revient souvent cette tache. Dans le Villefranchois on utilise aussi des puits très curieux, à balancier, dits « collebo ».
A quelques mètres du puits, le four familial dresse sa silhouette trapue dans toutes les fermes. On y cuit le pain et on y fait sécher les fruits tels que les poires ou les prunes, ou le chanvre. (Fin.)
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
Publié le 27/02/2007 à 10:21
Par Aladrya
Le reste du mobilier comprend généralement un buffet surmonté d'un vaisselier, quelque armoire et, sous l'escalier montant au galetas, un lit formant alcôve protégé par de grands rideaux de serge rouge.
Dans l'Ouest du département ou dans les grosses fermes, la salle commune se prolonge par une petite pièce dallée, évier ou souillarde, dite «faro-oyero », car elle vient en saillie à l'extérieur sur le mur de la maison. Elle prend souvent l'allure d'une petite tour. C'est une pièce à tout faire pour la ménagère, avec évacuation d'eaux usées, parfois même avec un puits intérieur.
Quand la fermière dispose ainsi d'une souillarde, elle y place le vaisselier garni d'assiettes, de cuillers et de fourchettes. La souillarde abrite d'un autre côté la fontaine de cuivre à deux corps ou un évier de pierre, la marmite de la soupe. Cela permet plus de netteté dans la salle commune.
Les chambres peu nombreuses contiennent peu de mobilier. Au siècle dernier les paysans rouergats préféraient dormir très haut. Un lit plat était signe de pauvreté car il indiquait qu'on n'avait pas été capable de le garnir. Les maîtres couchent dans leur lit dotal comme le veut la coutume rouergate du mariage. Pour les plus riches, des colonnes, un ciel de lit, des rideaux aux couleurs vives lui confère une certaine majesté. Chez les autres le lit est simplement entouré de rideaux et il a été fabriqué par un modeste menuisier de village.
Mais pour toute mariée, le trousseau de lit comporte les mêmes pièces une paillasse remplie de paille ou de dépouilles de mais, un matelas de laine ou de plume, un traversin, deux draps et deux couvertures de laine, les «flassados ».
Chaque famille mettait un point d'honneur à satisfaire à cet usage.Les armoires traduisent bien la richesse de leur propriétaire. Aisée, la maison possède de beaux meubles décorés de motifs à losanges typiques du mobilier régional où en style Louis XV campagnard. Mais dans la grande majorité des fermes modestes l'armoire demeure de facture primitive, parfois de simples placards dans les murs. Le paysan rouergat s'attache à garnir 1' « oustal » avec les faibles moyens dont il dispose. Ici point de tableaux qui restent l'apanage des châteaux et des bourgeois des villes. La décoration de la salle commune paraît d'une rusticité étonnante. Les images pieuses, cachets de première communion, effigies de la Vierge ou de la Sainte-Famille achetées lors d'une retraite dans la paroisse, le crucifix en constituent l'essentiel. Très souvent aussi un grand chapelet de Lourdes accroché en M ou en coeur sur le mur complète, avec le bénitier bleuté, cette démonstration de piété de la famille paysanne. Vers la fin du siècle, le diplôme encadré du certificat d'études primaires, un daguerréotype de mariage pour les plus aisés occuperont un autre pan de mur. (A Suivre…)
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
Publié le 18/02/2007 à 08:41
Par Aladrya
En arrière du feu le mur est protégé par une plaque ou, plus souvent, par une grosse dalle ou un muret. A droite ou à gauche, une cavité creusée à même la paroi de la cuisine accueille les cendres que l'on conserve précieusement jusqu'à la prochaine lessive pour les utiliser en guise de détergent.
Des foyers secondaires se nichent quelquefois dans l'embrasure d'une fenêtre, sous une grosse pierre munie d'un orifice. Le langage local les désigne sous le vocable de « potagers »; on les remplit de braises et ils servent à tenir chaudes ou même à cuire certaines préparations culinaires ou à faire cailler le fromage.
Mais la pièce essentielle du mobilier de l'âtre est la potence noircie qui pivote pour venir chercher en avant du feu, à l'aide d'une crémaillère, la marmite de fonte de la soupe ou les chaudrons remplis de bouillie à cochons. On suspend aussi à la crémaillère les « querbos », un instrument absolument essentiel à la ménagère car il supporte les poêles et les casseroles de tous rangs. Dans un coin trône le coffre à sel en forme de banc sur lequel les vieillards se complaisent à s'asseoir, ranimant le feu à l'aide d'une « canelo » faite d'une tige de sureau vidée de sa moelle.Ainsi l'âtre et la cheminée prennent-ils une grande importance dans la vie de la famille paysanne. La chaleur qu'on y ressent n'est pas seulement celle du feu de bois, mais aussi la chaleur humaine, la joie de se retrouver réunis pendant les froides soirées d'hiver.
C'est cette chaleur humaine que traduit le terme assez vague de « cantou » pour désigner le coin du feu dans son ensemble, et aussi l'intimité, le chez-soi. Chacun aime à s'y retrouver quand il a besoin de sentir autour de lui la chaleur réconfortante de la famille. Le mobilier populaire rouergat parait d'une grande simplicité.Au centre de la salle commune une table à la fois longue et massive en forme l'élément principal, parfois unique.
La table familiale comporte un énorme tiroir en bout où sont logés la miche de pain entamée, le fromage blanc, les oignons et dans certaines fermes les assiettes de chacun qui servent deux fois dans la journée sans être lavées. Au début du siècle existaient des tables très curieuses : on y avait creusé à même le bois des alvéoles reliés entre eux par une petite rainure.
La ménagère versait la soupe en bout de table et chaque convive en avait ainsi sa part par le principe des vases communicants!Quand on mange, assis sur des bancs, on coince la miche debout dans le grand tiroir. Le maître de maison en coupe de larges tranches, signe de préséance évident Que tei lou coutelCoupo lou cantel Qui tient le couteauCoupe le pain. (A Suivre…)
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
Publié le 27/01/2007 à 15:09
Par Aladrya
Humeur : Souriante
La vie de la famille paysanne se passe dans la salle commune cuisine, pièce à vivre, pièce de réception. Elle est sombre.
Une seule fenêtre l'éclaire généralement. La lumière peut aussi entrer par la porte quand on la laisse ouverte. Dans beaucoup de maisons un portillon à mi-hauteur précède la grande porte massive. Cela permet de se protéger des incursions des volailles dans la cuisine, d'éviter des accidents aux marmots, tout en conservant un peu de lumière à travers la demi ouverture.
Porte et fenêtre ont du mal à éclairer les coins de notre «oustal » dont la surface dépasse souvent trente mètres carrés. D'ailleurs la couleur noirâtre des murs et du plafond enduits d'une suie séculaire n'attire pas la clarté. On avait passé un lait de chaux ou un gris autrefois. Mais dans beaucoup de fermes on n'en devine plus l'existence car les murs ne sont repeints qu'une fois par génération et les poutres restent noires à jamais.
Curieusement nos paysans appellent ce plafond noirci «lou cel d'oustal » le ciel de la maison! Il est fortement encombré. Il y a des cordes, des montants de bois entre les poutres, des crochets de fer. Toutes ces attaches supportent les provisions de bouche de la famille : des paquets d'oignon, de longues tresses d'ail, des épis de maïs. Le râtelier à pain supporte une douzaine d'énormes miches rondes qui dureront un mois.
Dans un coin la vessie desséchée du porc attend son malade, animal ou humain.On fait aussi sécher au plafond saucisse et saucissons et surtout « lou bocou » c'est-à-dire l'échine et le lard du porc familial dans lesquels la mère de famille tranche chaque jour la « portion » de tous. Enfin, au centre, au-dessus de la table, existe Souvent une planche horizontale suspendue à deux montants de bois, formant une bibliothèque paysanne inattendue.
En effet, il est d'usage d'y ranger les quelques almanachs, de temps à autre un journal ou une lettre parvenus à la ferme, voire un vieux missel hors d'usage, qui constituent toute la lecture de la famille. En l'absence de livres, d'autres y rangent quelque médication ou leur provision d'herbes à tisanes.
L'âtre occupe tout un côté de la salle commune sous une immense cheminée assez grande pour abriter le cercle de famille et les voisins à la veillée. S'y trouvent aussi les jambons à fumer et parfois une claie à sécher les châtaignes que l'on monte au début de l'hiver. Le foyer disposé à même le dallage est encadré de landiers d'importance variable selon la richesse de la maison. Ils supportent des crémaillères sur lesquelles on engage un tourne-broche où grillent aux temps froids quelque « rôtie » de grives ou de petits oiseaux. Signalons aussi cette forme de chenets très curieux qui comportent un support circulaire sur lequel on pose un bol ou une écuelle pour en réchauffer le contenu. (A Suivre…)
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
Publié le 01/07/2006 à 18:55
Par Aladrya
Philosophe.Livinhac-Ie-Haut, 1756 - Paris, 1837.
On put écrire en 1837 que Laromiguière avait été l'un des grands philosophes de son temps.
Après de solides études classiques au collège de Villefranche, puis au sein de la Doctrine chrétienne, il gravit successivement tous les degrés de la hiérarchie universitaire, enseignant dans divers collèges avant d'être titulaire de la chaire de philosophie à la faculté de Toulouse. Imprégné par Condillac dont il goûtait la clarté latine, il se défiait de l'enthousiasme, à son sens intempestif, qu'inspiraient alors les doctrines d'outre-Rhin.
Il estimait la métaphysique allemande excessivement ésotérique et d'une intelligibilité discutable. Peut-être caressait-il le projet de remodeler la pensée de son maître. Il ne parvint pas à la dégager totalement du systématisme, ce qui, sans doute, l'empêcha de créer une école indépendante, mais lui fournit l'essentiel de l'ouvrage qu'il publia en 1793, sous le titre de Projet d'éléments de métaphysique. Les mérites de ce traité, remarqué par Sieyès, turent loués par Cabanis et Condorcet. Dès la reconstitution des académies, il fut membre de la section des sciences morales et politiques de l'institut. Il avait été élu au Tribunat, assemblée délibérante instaurée par le Consulat qui devait disparaître en 1807, et dont les membres, chargés de proposer des lois au corps législatif, étaient en général des intellectuels et des idéologues.
Après avoir refusé de siéger au Sénat, il accepta d'occuper la chaire de logique et de morale à la faculté des lettres de Paris, où ses cours furent bientôt suivis par des auditoires de plus en plus nombreux et attentifs, attirés par l'élégance de sa parole et la clarté de ses exposés. Telle était alors sa réputation qu'après 1814, alors que les alliés bivouaquaient dans Paris, le tsar Alexandre 1er lui rendit personnellement visite dans son modeste logement. Sa bonté semble avoir été comparable à ses capacités intellectuelles. Il protégea notamment l'historien Amans-Alexis Monteil, en prenant à sa charge les frais d'impression de l'Histoire des Français des divers états qui n'avait pu trouver d'éditeur.Sollicité en 1837 par le secrétaire de la Société des lettres qui venait d'être créée, Laromiguière consentit aimablement à honorer de son adhésion la toute jeune académie rouergate. Il n'y parut malheureusement jamais car il décéda quatre mois plus tard, le 14 août 1837. Il était âgé de 81 ans.
Extrait de "Hommes et Femmes célèbres de l'Aveyron"
Publié le 01/07/2006 à 18:47
Par Aladrya
Trois mois plus tard paraissait, dans le même quotidien, une brève dans la colonne des faits-divers: «Vendredi 17 février 1950, vers 18h15, un berger qui abreuvait son troupeau à la fontaine de Meyrignac, s'étonnait de voir ses bêtes tendre bizarrement leurs mufles vers le ciel.
Il aperçut alors une boule incandescente dans le firmament plus grosse et lumineuse que la lune, avec laquelle on ne pouvait la confondre. L'objet s'abaissant lentement au nord disparut derrière l'horizon en jetant d'immenses étincelles dans son sillage.»
À l'autre extrémité de la commune, un bûcheron de l'entreprise Combret qui abattait des arbres non loin d'Arnaldesq a produit un témoignage recoupant celui du vacher, ce durant la même journée et par temps clair. Rapport consigné par les autorités, on n'a plus entendu parler de la "lune volante"...
Extrait du livre " Nouveaux Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 01/07/2006 à 18:43
Par Aladrya
Malgré les soins qui lui furent donnés, malgré les actes de tendresse que l'abbé Bonnaterre lui prodigua, un besoin irrésistible poussait l'enfant sauvage à s'enfuir. À diverses reprises, les gendarmes le récupérèrent assez loin de Rodez, cherchant un repère dans un milieu inconnu de ses sens.La nouvelle de la capture d'un enfant sauvage était très tôt parvenue dans les salons bourgeois de la capitale, nourris à la pensée rousseauiste.
Paris, à son tour, désirait le connaître et voir de quel bois il était constitué. Le jour arriva donc où l'abbé Bonnaterre fut convoqué chez le commissaire Randon.«À la demande du ministre de l'Intérieur, l'enfant doit être transféré à Paris.
Vous serez chargé de sa protection.- Il fallait bien que ce jour arrive depuis que la nouvelle a provoqué de toutes parts un intérêt croissant.- Vous partirez le 12 juillet. »Le voyage fut long et difficile. L'abbé, entouré de quelques soldats, dut à chaque halte soustraire son protégé à la curiosité publique. Les routes n'étaient pas sûres et mal carrossées. Quand il ne tentait pas de s'échapper, l'enfant fixait avec envie les forêts traversées par la berline.À Paris, l'abbé et son protégé furent accueillis à l'Institut des Sourds et Muets par l'abbé Sicard.
Savants et curieux se succédèrent pour l'examiner ou le découvrir. Exposé en divers points de la capitale, le sauvage (baptisé Victor) devint en quelques jours la coqueluche du Tout Paris. Il fut même le héros de trois pièces de théâtre. Quand il n'était pas exhibé dans les salons mondains, l'enfant sauvage était soumis à diverses séquences expérimentales pour étudier son comportement et tenter de le faire progresser. Dès le départ, l'abbé Sicard le considéra comme un idiot irrécupérable.
Le docteur Itard, auquel il fut confié, entreprit d'éduquer cet enfant qui ne s'exprimait qu'en fonction de ses besoins immédiats. Il obtint au départ quelques résultats mais, après cinq années d'efforts et de patience, il renonça et le confia à sa servante, Mme Guérin qui, avec beaucoup d'humanité, s'en occupa jusqu'à sa mort. Les Parisiens, eux, s'en étaient lassés depuis bien longtemps. Ce sauvage de l'Aveyron les avait déçus. Il leur ressemblait trop. Il les dépassait même en beauté naturelle. Eh quoi! On leur avait promis un sauvage. On ne leur offrait qu'un être humain, seulement privé de la parole et d'intelligence. Le cas était loin d'être unique.L'enfant sauvage fut donc oublié dans un Institut aux murs si hauts qu'ils lui cachaient l'horizon: celui qui rejoignait les bois de Lacaune qu'il rêvait de retrouver.
Victor de l'Aveyron mourut en 1828, à l'âge de quarante ans, dans l'appartement de Mme Guérin, 4, impasse des Feuillantines. Il n'intéressait plus personne. (Fin.)
Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 01/07/2006 à 18:11
Par Aladrya
Humeur : Au secours !
Le jeune Pouget avait vu, à l'endroit où le lion était terré, des os d'un animal qui avait été mangé. Quand les hommes parvinrent sur la crête, l'un d'eux, en se dissimulant derrière la haie, revint à l'endroit où le lion avait été pris, ramassa les os, se mit, avec la main, à remuer l'herbe, de manière à faire disparaître toute trace du séjour du fauve, puis il rejoignit ses camarades et tous les quatre disparurent.
Mis en présence des dompteurs de la ménagerie de Rodez, Joseph Pouget ne les reconnut pas pour être les hommes qui avaient capturé le lion.L'histoire avait de quoi laisser sceptiques les braves gens et la maréchaussée. D'imagination en affabulation, le lion surgissait aux quatre coins de la région pour disparaître aussitôt. Le mardi 4 juillet, les pandores virent ainsi arriver le maire de Manhac et son jeune fils. Tous deux venaient d'apprendre par on ne sait quel ragot que la capture du fauve avait été effectuée par les dompteurs, à grand renfort de paysans armés de fourches.
À la vérité les seuls à prendre goût à l'affaire étaient les publicistes. Une telle épopée cynégétique leur donnait du grain à moudre et du poil à gratter pour des lecteurs toujours avides de la curiosité publique. Les habitants de Ceignac allaient-ils être condamnés à vivre encore longtemps sous la menace de ce lion farceur et volage qui disparaissait sitôt qu'on se lançait à ses trousses?
Sur ces entrefaites débarqua à Rodez M. Verpillon, directeur du service fauvométrique du Muséum. L'homme de science se rendit aussitôt sur le terrain pour relever l'empreinte de la patte droite de derrière, espérant parvenir à identifier le fauve et à établir sa carte d'identité. L'actualité ne lui en laissa pas le temps. Cinq jours après le début des événements, les autorités estimèrent que la plaisanterie avait assez duré. Du coup, la fièvre qui s'était emparée des esprits retomba aussi vite qu'elle était montée. Chacun remisa sa peur et continua de vaquer à ses occupations agricoles, fort nombreuses à cette époque de l'année. Les quelques témoins susceptibles d'avoir vu le lion rangèrent leur vision dans l'armoire à souvenirs. Ils raconteraient plus tard leur mésaventure à leurs petits-enfants, le soir, au coin du feu. Et les yeux des gamins brilleraient.
L'affaire disparut bientôt des colonnes des quotidiens régionaux, laissant à chacun le soin de se faire son opinion et d'alimenter les débats.De quoi faire pleurer de tristesse et de dépit les pauvres loups qui venaient de se faire voler la vedette! (Fin.)
Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 01/07/2006 à 17:49
Par Aladrya
Humeur : Gaie
L'apparition de la cour signifie une certaine aisance du propriétaire, capable de consacrer une parcelle assez étendue à des bâtiments plus complexes que dans la maison-bloc. De magnifiques cours caractérisent ainsi les grosses exploitations caussenardes. Très souvent elles sont entièrement closes, ne communiquant avec l'extérieur que par un portail fermé d'énormes vantaux. Ce portail d'entrée formant porte charretière est entouré de pierres de taille et surmonté d'un petit toit allongé qui protège et qui sert d'abri au visiteur.
Très curieusement la vogue de ces portails ne s'est pas étendue partout en Aveyron. Il semble qu'ils vont de pair avec une certaine fierté, une affirmation de l'indépendance de l'exploitant. Par exemple, les exploitants moyens du Ségala central les ont volontiers adoptés à la fin du siècle dernier pour s'égaler aux plus riches qui en possédaient seuls auparavant.
La monotonie de la façade est très souvent rompue par l'existence d'un balcon sous auvent appelé «balet» ou «pompidou ». L'escalier de pierre y aboutit et l'ensemble prend un cachet incontestable.Majesté ou simplicité procèdent aussi de l'élégance de la toiture. Les lourdes plaques tirées de quelque carrière proche, schistes dans le Ségala, la Viadène, le Lévezou et leurs abords, dalles calcaires ailleurs, donnaient aux toits rouergats une allure sévère et en même temps un caractère imposant. Ils s'ornaient de lucarnes, les «loups», de tourelles ou de simples pigeonniers. Dans la partie méridionale de la province les toits rouges paraissaient plus gais. Parfois un charpentier habile répandait dans les «rivières» caussenardes la grâce des toitures curvilignes « à la Philibert ».Sous la protection efficace des lauzes complétée assez souvent par une couche de terre glaise étendue sur une solide volige, excellente isolation contre les intempéries, la disposition des pièces ne variait guère.
La pièce principale, la salle commune, était flanquée d'une grande chambre. Les chambres secondaires, les « combrous » n'existaient jamais en nombre suffisant pour toute la famille.Des dépendances servaient à entreposer des denrées le charnier ou saloir, petite pièce obscure, et surtout les grands galetas qui pouvaient ressembler à des cathédrales quand la charpente soutenait une toiture très élevée. Bien des choses y voisinaient: légumes secs, oignons, parfois du blé dans des « arques 1 »colossales; rats et chats dont les poursuites soudaines se haussaient au rang de quelque diabolique sarabande dans l'esprit des gens à la veillée au-dessous. Que de frayeurs sont souvent venues du grenier en ce siècle de revenants, qui n'étaient dues qu'à un matou maladroit ayant manqué une souris! (A Suivre…)
1. «Arques» : grands coffres à céréales destinés à tenir Ces dernières à l'abri de l'humidité, des insectes et des rongeurs. Ces coffres existent dans toutes les fermes.
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
Publié le 16/06/2006 à 17:45
Par Aladrya
La maison rouergate offre au regard une certaine rudesse de traits. Cependant, les traditions d'une architecture paysanne élaborées empiriquement en fonction des besoins de la vie familiale ou de ceux de l'exploitation aboutissent bien souvent à donner noblesse et charme à ces robustes bâtisses.
Pour la famille la maison c'est « l'oustal » dans lequel s'incarne la continuité d'une lignée. En effet, ce terme désigne aussi bien la maison au sens propre que la salle commune-cuisine, ou que la maisonnée, le lignage. Ainsi, dans cette civilisation paysanne le concept de maison, d'«oustal» comporte deux valeurs inséparables : l'une matérielle, celle de l'abri de la famille, l'autre spirituelle puisque tout un symbolisme s'attache à la maison-lignage,L'allure extérieure, l'importance de la maison changent d'une région à l'autre dans le département et selon la condition de la famille.
Les bâtiments des grandes fermes du Causse, du Villefranchois ou du Ségala forment des bâtisses impressionnantes qui les font ressembler à une petite forteresse, parfois à un manoir Si quelque tour vient en agrémenter les silhouettes. Inversement, on distingue mal la maison exiguë des pauvres des hangars et des séchoirs à châtaignes,En effet, au siècle passé les maisons les plus modestes ne comportaient qu'une ou deux pièces en rez-de-chaussée, sans galetas.
Le sol était souvent de simple terre battue, les combles inexistants sous un toit de lauzes ou sous la pittoresque « Clouchado1».Cependant, à travers les variations locales, la maison de l'exploitant indépendant forme un type assez bien représenté partout en Aveyron.La maison rurale aveyronnaise est généralement un bâtiment en hauteur. Au niveau du sol l'étable à porcs ou une bergerie s'accolent à une cave conçue comme une réserve : la futaille y voisine avec les pommes de terre, les racines fourragères, etc. Au-dessus vivent les gens.
La grange-étable forme le pendant de la maison d'habitation soit tout contre celle-ci, soit séparée. La disposition d'ensemble des bâtiments se révèle assez simple. Les plus modestes ou les habitants des vieux villages ont adopté la « maison-bloc », grange et habitations accolées.
Parfois, tout le village s'organise ainsi le long d'une sorte de rue principale, chaque propriétaire y disposant de quelques mètres de façade.L'ensemble donne l'impression d'une maison unique étonnamment allongée puisque le même toit recouvre tout le groupe de maisons et de granges. Sans en porter le nom en Rouergue, ce type d'habitat ressemble fort aux « barriades» du Cantal ou d'Auvergne. Il existe très souvent quand un village a tenté de profiter d'un site de promontoire allongé pour s'installer. (A Suivre…) 1. Clouchado : toit de chaume.
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
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