Le Pape a encore défrayé la chronique en déclarant que la distribution de préservatifs ne réglera pas le problème du SIDA et qu’elle ne pouvait que l’aggraver. Ces propos ont entraîné un grand tollé et un lever de boucliers de la part des organisations de lutte contre le SIDA et même de certaines autorités gouvernementales françaises. Dans un sondage récent, 57% des Français ont une opinion défavorable du Pape.
Et pourtant le Souverain Pontife n’a fait que dire ses convictions religieuses et telle a toujours été la position du Vatican : promouvoir la chasteté. Il ne peut pas en être autrement !!!
Oui, le pape n’a fait que dire tout haut ce que pensent tout bas l’immense majorité des chefs de famille. Quel parent responsable, fusse-t-il engagé dans la lutte contre le Sida, distribuerait des préservatifs à ses propres enfants ? Quel enseignant responsable proposerait le préservatif à ses élèves ? Quel guide religieux musulman ferait la promotion du préservatif ?
Le véritable problème, c’est que les occidentaux ne sont plus croyants ; ils sont en déphasage total avec le message évangélique sur la presque totalité des problèmes de société (homosexualité, avortement, démographie, spéculation financière). En effet, dans leur immense majorité, ils se disent chrétiens mais non pratiquants parfois non croyants (ne croyant ni aux miracles de Jésus relatés dans les évangiles, ni à la virginité de Marie, ni à la réalité de la malédiction, ni à l’au-delà – selon certains sondages).
Et en ces temps de crise morale sans précédent, le discours des religieux divergent forcément avec celui des scientifiques - des laïcs d’une manière générale. Les religieux luttent contre la propagation de la turpitude (adultère, homosexualité, prostitution, toxicomanie), alors que les scientifiques luttent contre la propagation du VIH, essentiellement par la vulgarisation du préservatif.
Ainsi, pour les religieux, le préservatif protége du VIH, mais ne préserve pas du péché et même le favorise. Et c’est le péché qui est la cause la plus déterminante de la déchéance de l’homme (autodestruction).
Ainsi, dans la perspective religieuse, c’est l’acte répréhensif (adultère, homosexualité) qui y est déterminant. Oui, ‘’c’est le péché qui tue et non le VIH’’. Ainsi, toutes les stratégies visant à se protéger ne font que déplacer les problèmes en entraînant d’autres fléaux (cancers ou autres affections létales auto-immunes ou dégénératives, ou infectieuses, sans compter les « plaies » et catastrophes naturelles de toutes sortes).
En effet, une activité sexuelle précoce (hors mariage), les partenaires multiples et le tabagisme sont corrélés au cancer du col de l’utérus (5). Oui, ‘’ceux qui se livrent au vagabondage sexuelle prenne de gros risque en matière de santé, tant physique que mentale’’ ; en témoigne ce constat de la prestigieuse Revue « Pediatrics » qui conclut, chiffres à l’appui, que les adolescents sexuellement actifs s’exposent fortement à la dépression et au suicide. (6)
Il est bon de préciser que dans la perspective religieuse, rien n’interdit l’usage du préservatif ; il pourrait très certainement rendre des services dans bien des cas. En effet, c’est toujours bon de se protéger, mais c’est encore mieux d’éviter le péché. C’est peut-être la précision que le Pape a sous-entendue.
A l’évidence, cette polémique à propos du préservatif signe une rupture et marque un tournant décisif ; l’Eglise est entrain de se libérer du joug des scientifiques ‘’positivistes’’ pour faire valoir sa véritable vision sur un fléau qui ne fléchit pas en dépit des moyens colossaux qu’on lui a octroyés jusque-là. Ainsi, une nouvelle approche ethno psycho socio anthropologique s’avère plus que nécessaire. (2) (4)
Oui, le SIDA est apparu pour la première fois en 1981 aux Etats-Unis d’Amérique dans la communauté homosexuelle. Au commencement, il était exclusivement une maladie des homosexuels ; ce n’est que secondairement qu’est apparue une transmission de l’infection par voie hétérosexuelle. (1)
Actuellement, il est admis par tous les chercheurs que le VIH n’est pas seul en cause dans la survenue du SIDA. Oui, une situation à risque est quasi-obligatoire pour le développement d’un SIDA. Il apparaît donc à l’évidence que la promiscuité sexuelle constitue le principal ‘’cofacteur’’ de l’infection au VIH. (3)
Il est donc admis par tous que le SIDA est une maladie des homosexuels et des pervers d’une manière générale. Ceci va conditionner fondamentalement la perception du SIDA par le croyant (Musulman, Chrétien et Juif.).
En effet, l’homosexualité est une perversion sexuelle réprouvée par toutes les religions monothéistes (Islam, Christianisme, Judaïsme). Sur ce plan, il y a une convergence parfaite ; l’homosexualité est l’une des pires turpitudes ; elle remonte à l ‘époque du Prophète Loth – contemporain du Prophète Abraham, le père de tous les croyants -. La première communauté homosexuelle fut châtiée de façon exemplaire par un terrible cataclysme ayant complètement détruit les villes de Sodome et Gomorrhe. Les récits rapportés dans la Tora (Ancien Testament), les Evangiles et le Coran sont plus qu’explicites (8) et constituent pour les croyants un rappel éternel du fait de l’immuabilité de la coutume de Dieu – La vie est un éternel recommencement dirait l’autre !
Ainsi, les mêmes turpitudes entraînent toujours les mêmes conséquences. La sanction est constante, même si les modalités peuvent varier en fonction de l’évolution de l’homme et de l’humanité – Dieu l’Eternel n’est-Il pas le Subtil ? Avant l’avènement du SIDA, d’autres pathologies comme l’anémie de Biermer ou
Ainsi, pour les musulmans, chrétiens et juifs, tout malheur lié à une pratique homosexuelle ou à une turpitude manifeste ne peut être considéré que comme une malédiction, une sanction divine. Il ne peut pas en être autrement !
Selon le Prophète (PSL) : « Il n’est pas un peuple qui ne soit ouvertement livré à la débauche, sans que la peste (« plaie » ou fléau d’une manière générale) ne l’ait frappé, ainsi que des maladies qu’ignoraient ses ancêtres. ».
Quatorze siècles après, le Sida, la « peste des temps modernes », ne vient-il pas confirmer une telle prophétie ?
Il ne s’agit point de vouloir stigmatiser les sujets à risque – bien au contraire ! – Car même si le Sida est incontestablement la maladie des homosexuels et des pervers d’une manière générale, il demeure l’affaire de tous et des religieux en particulier. Et à y regarder de près, la lutte contre ce fléau constitue même l’essence de leur mission.
Oui, le Sida est en vérité l’affaire de tous, car la sanction divine n’atteint pas exclusivement les injustes. Et donc du fait des effets collatéraux (tempête, ouragan, etc.), le pervers constitue un danger pour lui-même et pour son entourage.
Heureusement que les justes sont le plus souvent épargnés et même leur présence dans la communauté peut être bénéfique aux injustes – c’est la « Baraka des Justes » (Genèse 18 : 22-33). Ceci expliquerait peut-être, entre autres, la moindre virulence et transmissibilité de certaines souches du VIH.
Ainsi, il ne s’agit point de diaboliser les sujets à risque. Non ! Une telle perception du SIDA est nécessaire voire obligatoire pour envisager en conséquence, une prévention plus efficace et une prise en charge plus effective, plus efficiente.
Dans la perspective islamique qui n’est pas différente dans les principes de celle des autres religions monothéiste (Christianisme, Judaïsme), ‘’la sensibilisation classique fondée sur une information générale pragmatique et porteuse d’une certaine morale ne suffit pas’’, car il est en réalité très difficile de se départir d’un comportement à risque en dehors d’une motivation spirituelle. En effet, c’est la prière, et elle seule, qui peut, en vérité, prémunir l’homme de la tentation et donc de la turpitude et des actions blâmables. Voilà un axe de recherche qu’il faut explorer. Un défi coranique et biblique ! (7)
Que les croyants célibataires s’abstiennent ! Que ceux qui ne le peuvent pas se protégent, mais qu’ils sachent qu’ils commettent une turpitude et encourent un châtiment divin !
Et pour conclure, j’invite mes confrères à méditer davantage le Serment d’Hippocrate (cinquième siècle avant l’ère chrétienne) prononcé lors de toutes les soutenances de thèse de Doctorat en Médecine et qui résume tous les principes d’éthique et de déontologie qui doivent sous-tendre notre pratique médicale. Je cite : « En présence des Maîtres de cette Ecole, de mes condisciples, je promets et jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la Médecine. Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et je n’exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. Admis dans l’intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s’y passe ; ma langue taira les secrets qui me sont confiés et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser le crime. Respectueux et reconnaissant envers mes maîtres, je rendrai à leurs enfants l’instruction que j’ai reçue de leurs pères. Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois couvert d’opprobre et méprisé de mes confrères si j’y manque » (fin de citation).
Oui, ‘’mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser le crime’’ !!!
L’Islam ne dit pas autre chose, de même que les autres religions monothéistes (Christianisme, Judaïsme). Ce serment est immuable dans ses principes. Et dès lors, comment notre démarche pourrait elle sortir de ce credo ?
Ancien Interne des Hôpitaux de Dakar
Pédiatre à Thiès
Recteur de l’Université Virtuelle «
REFERENCES
(1) W. ROZENBAUM. Définition du SIDA, histoire naturelle de l’infection par le VIH. L’Objectif Médical, N°57, décembre 1988.
(2) SIDA : prendre en compte les autres cultures. Médecine Digest, Vol XXIII, N°10, 1997.
(3) La théorie des cofacteurs est confortée. Médecine Digest, Vol. XVII, N°12, Déc. 1991.
(4) Vers des méthodes de prévention spécifiques aux pays arabo-musulmans. TB/VIH, N°2, Janvier 1995.
(5) Femme et cancer. Editorial Médecine Digest, vol XXIII, n° 10, novembre 1997.
(6) Des conseils pratiques. « Fuyez la fornication ». La Tour de Garde, avril 2007.
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