« L'urgence n'est pas à la réforme de la réglementation financière ... »
par FRED BERGSTEN - DIRECTEUR DU PETERSON INSTITUTE FOR INTERNATIONAL ECONOMICS
Directeur depuis sa création, en 1981, de l'un des « think tanks » américains les plus influents sur les questions économiques internationales, Fred Bergsten a également travaillé à des postes de haute responsabilité au Trésor et à la Maison-Blanche d'où il a coordonné un certain nombre de sommets internationaux pour les Etats-Unis. A la veille du G20, cet expert estime qu'il faut contrer les tentations protectionnistes et consacrer au moins 3 % du PIB aux plans de relance dans les différents pays.
Est-ce que ce G20 peut être le nouveau Bretton Woods ?
Certainement pas. Bretton Woods a été l'occasion d'une énorme réforme du système économique international. Cette fois-ci, à Londres, l'accent sera mis sur le rétablissement économique après cette crise globale. L'objectif, me semble-t-il, est d'arriver à une vaste coopération internationale sur quatre points : des programmes de relance macroéconomiques, l'élimination d'obstacles au libre-échange, l'extension du mandat et des ressources du FMI pour aider les pays les plus pauvres et, peut-être, quelques pas vers une nouvelle réglementation financière.
Pourquoi la réglementation financière n'est-elle pas davantage prioritaire à vos yeux ?
Certains peuvent le mettre en tête des priorités. Je ne le fais pas parce que, si c'est en effet important, c'est aussi ce qui est le moins urgent aujourd'hui. L'urgence est d'abord liée aux plans budgétaires qui vont relancer l'économie mondiale ou au moins éviter un déclin encore plus prononcé. L'urgence est aussi de brider les nouvelles tentations protectionnistes qui ne peuvent être que nocives. Je pense également que si trop d'attention est centrée sur la réglementation financière, cela rend le message équivoque. Pour l'instant, l'objectif est que les institutions financières prêtent davantage. Or, si nous mettons d'abord l'accent sur la façon dont nous allons les réglementer cela va envoyer un message contradictoire qui risque de les décourager. Les gouvernements doivent faire très attention au calendrier. Nous avons évidemment besoin de réformer la réglementation financière, mais le faire maintenant, quand on veut que les banques restaurent l'activité économique... il y a un risque de compliquer les choses.
On parle d'une autorité supranationale pour les services financiers. Est-ce réaliste ?
Les risques sont globaux mais je ne pense pas que la création d'une autorité supranationale soit faisable. Il n'y a pas de cadre légal pour cela. En revanche, on peut fixer des standards internationaux pour la réglementation financière qui soient ambitieux et cohérents. Ce sera ensuite à chaque pays d'adapter au plus près. La communauté internationale devra ensuite surveiller si c'est bien fait.
Les Etats-Unis et la plupart des pays européens divergent sur l'importance de l'effort de relance à accomplir. Comment comprenez-vous cette controverse ?
J'en ai parlé avec le Premier ministre français à Washington l'autre jour. Il ne pense pas que les divergences soient si grandes, et moi non plus. La différence principale est dans la façon de définir les plans de relance. Les Européens tiennent compte des stabilisateurs automatiques qui sont plus importants en Europe, ce qui est vrai. Les Américains soulignent que cela intervient automatiquement et que cela ne représente pas un effort nouveau. C'est une différence d'opinion sur ce qui doit compter. Je comprends cela mais je soulignerai surtout qu'il faut que le remède soit adapté au problème. Autrement dit, la crise économique paraît aujourd'hui plus sévère en Europe qu'aux Etats-Unis, ce qui appelle sans doute à plus de moyens pour la combattre. C'est vrai aussi bien pour la politique budgétaire que pour la politique monétaire. Il n'y a aucun doute que la Réserve fédérale a été plus agressive que la Banque centrale européenne avec ses différents programmes. Mais, si on regarde bien, c'est la Chine qui est sans doute la plus volontariste tant au point de vue budgétaire que monétaire.
Qu'est-ce qui sera le plus efficace dans les plans de relance ?
C'est difficile à dire. Aux Etats-Unis, il y a trois types de mesures : les réductions d'impôt, les projets d'infrastructure et les subventions sociales. L'idée était de diversifier parce que, justement, on ne connaît pas très bien la réponse à votre question. Les réductions d'impôt représentent 250 milliards de dollars et visent des gens aux revenus modestes, qui auront sans doute besoin de dépenser cet argent. Au final, chaque pays doit trouver l'équation qui lui convient mais il faut qu'il y ait un accord du point de vue international sur le niveau d'ambitions à avoir. Je suggère qu'il faut plutôt viser des plans qui représentent 3 % du PIB. On doit se mettre d'accord sur les objectifs et les cibles, chacun ensuite adapte. La Chine, par exemple, consacre 90 % de son plan aux infrastructures.
L'une des ambitions du G20 est d'accroître les moyens financiers du FMI. Mais celui-ci aura-t-il les structures et les compétences pour accomplir sa tâche ?
Le FMI est en train d'améliorer et de moderniser ses programmes d'aide. Ils ne sont pas parfaits, mais c'est le seul vrai mécanisme qui apporte un soutien réel à des pays qui ont rencontré des problèmes sérieux. Accroître son rôle de façon substantielle est donc une nécessité.
A quelle échéance les pays peuvent-ils espérer renouer avec une croissance durable ?
Dans cette crise, ce sont les pays riches qui ont été les plus touchés. Les moins affectés, le Brésil, la Chine, l'Inde, continuent d'afficher une croissance positive. Mais la crise est globale et les interconnections telles que les pays vont sans doute se rétablir à peu près en même temps. Certains seront plus rapides que d'autres, la Chine par exemple, à la fin du premier semestre. Les Etats-Unis devraient récupérer dans la deuxième moitié de l'année, les Européens sans doute l'année prochaine.
PROPOS RECUEILLIS PAR VIRGINIE ROBERT (À WASHINGTON)., Les Echos
@+ pour "Vallèresentouraine" - un regard sur l'actualité !
Directeur depuis sa création, en 1981, de l'un des « think tanks » américains les plus influents sur les questions économiques internationales, Fred Bergsten a également travaillé à des postes de haute responsabilité au Trésor et à la Maison-Blanche d'où il a coordonné un certain nombre de sommets internationaux pour les Etats-Unis. A la veille du G20, cet expert estime qu'il faut contrer les tentations protectionnistes et consacrer au moins 3 % du PIB aux plans de relance dans les différents pays.
Est-ce que ce G20 peut être le nouveau Bretton Woods ?
Certainement pas. Bretton Woods a été l'occasion d'une énorme réforme du système économique international. Cette fois-ci, à Londres, l'accent sera mis sur le rétablissement économique après cette crise globale. L'objectif, me semble-t-il, est d'arriver à une vaste coopération internationale sur quatre points : des programmes de relance macroéconomiques, l'élimination d'obstacles au libre-échange, l'extension du mandat et des ressources du FMI pour aider les pays les plus pauvres et, peut-être, quelques pas vers une nouvelle réglementation financière.
Pourquoi la réglementation financière n'est-elle pas davantage prioritaire à vos yeux ?
Certains peuvent le mettre en tête des priorités. Je ne le fais pas parce que, si c'est en effet important, c'est aussi ce qui est le moins urgent aujourd'hui. L'urgence est d'abord liée aux plans budgétaires qui vont relancer l'économie mondiale ou au moins éviter un déclin encore plus prononcé. L'urgence est aussi de brider les nouvelles tentations protectionnistes qui ne peuvent être que nocives. Je pense également que si trop d'attention est centrée sur la réglementation financière, cela rend le message équivoque. Pour l'instant, l'objectif est que les institutions financières prêtent davantage. Or, si nous mettons d'abord l'accent sur la façon dont nous allons les réglementer cela va envoyer un message contradictoire qui risque de les décourager. Les gouvernements doivent faire très attention au calendrier. Nous avons évidemment besoin de réformer la réglementation financière, mais le faire maintenant, quand on veut que les banques restaurent l'activité économique... il y a un risque de compliquer les choses.
On parle d'une autorité supranationale pour les services financiers. Est-ce réaliste ?
Les risques sont globaux mais je ne pense pas que la création d'une autorité supranationale soit faisable. Il n'y a pas de cadre légal pour cela. En revanche, on peut fixer des standards internationaux pour la réglementation financière qui soient ambitieux et cohérents. Ce sera ensuite à chaque pays d'adapter au plus près. La communauté internationale devra ensuite surveiller si c'est bien fait.
J'en ai parlé avec le Premier ministre français à Washington l'autre jour. Il ne pense pas que les divergences soient si grandes, et moi non plus. La différence principale est dans la façon de définir les plans de relance. Les Européens tiennent compte des stabilisateurs automatiques qui sont plus importants en Europe, ce qui est vrai. Les Américains soulignent que cela intervient automatiquement et que cela ne représente pas un effort nouveau. C'est une différence d'opinion sur ce qui doit compter. Je comprends cela mais je soulignerai surtout qu'il faut que le remède soit adapté au problème. Autrement dit, la crise économique paraît aujourd'hui plus sévère en Europe qu'aux Etats-Unis, ce qui appelle sans doute à plus de moyens pour la combattre. C'est vrai aussi bien pour la politique budgétaire que pour la politique monétaire. Il n'y a aucun doute que la Réserve fédérale a été plus agressive que la Banque centrale européenne avec ses différents programmes. Mais, si on regarde bien, c'est la Chine qui est sans doute la plus volontariste tant au point de vue budgétaire que monétaire.
C'est difficile à dire. Aux Etats-Unis, il y a trois types de mesures : les réductions d'impôt, les projets d'infrastructure et les subventions sociales. L'idée était de diversifier parce que, justement, on ne connaît pas très bien la réponse à votre question. Les réductions d'impôt représentent 250 milliards de dollars et visent des gens aux revenus modestes, qui auront sans doute besoin de dépenser cet argent. Au final, chaque pays doit trouver l'équation qui lui convient mais il faut qu'il y ait un accord du point de vue international sur le niveau d'ambitions à avoir. Je suggère qu'il faut plutôt viser des plans qui représentent 3 % du PIB. On doit se mettre d'accord sur les objectifs et les cibles, chacun ensuite adapte. La Chine, par exemple, consacre 90 % de son plan aux infrastructures.
L'une des ambitions du G20 est d'accroître les moyens financiers du FMI. Mais celui-ci aura-t-il les structures et les compétences pour accomplir sa tâche ?
Le FMI est en train d'améliorer et de moderniser ses programmes d'aide. Ils ne sont pas parfaits, mais c'est le seul vrai mécanisme qui apporte un soutien réel à des pays qui ont rencontré des problèmes sérieux. Accroître son rôle de façon substantielle est donc une nécessité.
A quelle échéance les pays peuvent-ils espérer renouer avec une croissance durable ?
Dans cette crise, ce sont les pays riches qui ont été les plus touchés. Les moins affectés, le Brésil, la Chine, l'Inde, continuent d'afficher une croissance positive. Mais la crise est globale et les interconnections telles que les pays vont sans doute se rétablir à peu près en même temps. Certains seront plus rapides que d'autres, la Chine par exemple, à la fin du premier semestre. Les Etats-Unis devraient récupérer dans la deuxième moitié de l'année, les Européens sans doute l'année prochaine.
PROPOS RECUEILLIS PAR VIRGINIE ROBERT (À WASHINGTON)., Les Echos
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