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Publié le 26/02/2009 à 23:13
Par valleresentouraine



L
a crise économique et financière va-t-elle dégénérer en violentes explosions sociales ?

En Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, la guerre civile est-elle pour demain ? C'est le pronostic quelque peu affolant que dressent les experts du LEAP/Europe 2020, un groupe de réflexion européen, dans leur dernier bulletin daté de mi-février.



Dans cette édition où il est question que la crise entre, au quatrième trimestre 2009, dans une phase de "dislocation géopolitique mondiale", les experts prévoient un "sauve-qui-peut généralisé" dans les pays frappés par la crise. Cette débandade se conclurait ensuite par des logiques d'affrontements, autrement dit, par des semi-guerres civiles. "Si votre pays ou région est une zone où circulent massivement des armes à feu (parmi les grands pays, seuls les Etats-Unis sont dans ce cas), indique le LEAP, alors le meilleur moyen de faire face à la dislocation est de quitter votre région, si cela est possible."


Selon cette association, formée de contributeurs indépendants issus des milieux politiques et économiques et de professionnels européens de différents secteurs, les zones les plus dangereuses sont celles où le système de protection sociale est le plus faible.


La crise serait ainsi à même de susciter de violentes révoltes populaires dont l'intensité serait aggravée par une libre circulation des armes à feu. L'Amérique latine, mais aussi les Etats-Unis sont les zones les plus à risques. "Il y a 200 millions d'armes à feu en circulation aux Etats-Unis, et la violence sociale s'est déjà manifestée via les gangs", rappelle Franck Biancheri, à la tête de l'association. Les experts du LEAP décèlent d'ailleurs déjà des fuites de populations des Etats-Unis vers l'Europe, "où la dangerosité physique directe restera marginale", selon eux.



FAIRE DES RÉSERVES


Au-delà de ces conflits armés, le LEAP alerte sur les risques de pénuries possibles d'énergie, de nourriture, d'eau, dans les régions dépendantes de l'extérieur pour leur approvisionnement et conseille de faire des réserves. Cette perspective apocalyptique pourrait faire sourire si ce groupe de réflexion n'avait, dès février 2006, prédit avec une exactitude troublante le déclenchement et l'enchaînement de la crise. Il y a trois ans, l'association décrivait ainsi la venue d'une "crise systémique mondiale", initiée par une infection financière globale liée au surendettement américain, suivie de l'effondrement boursier, en particulier en Asie et aux Etats-Unis (de - 50 % à - 20 % en un an), puis de l'éclatement de l'ensemble des bulles immobilières mondiales au Royaume-Uni, en Espagne, en France et dans les pays émergents. Tout cela provoquant une récession en Europe et une "très Grande Dépression" aux Etats-Unis.


Doit-on en conclure que la crise mondiale peut se transformer en guerre mondiale ? "Les pronostics de LEAP sont extrêmes, mais la violence sociale pointe", admet Laurence Boone, économiste chez Barclays.


Reste un espoir, une "dernière chance" selon le LEAP, qui résiderait dans la capacité du G20, qui se réunira le 2 avril à Londres, à arrêter un plan d'action "convaincant et audacieux". Dans ce cas, le monde ne serait toutefois pas tiré d'affaire, puisque les experts ne manquent de rappeler que se profile aussi une sévère crise climatique... 

Informartion recueillie  dans la presse économique  par Henri KERISIT
pour  "Vallèresentouraine"- un regard sur l'actualité!

Publié le 26/02/2009 à 16:07
Par valleresentouraine

" Vous avez le savoir et la protection de l'Education Nationale, exigez des communes les moyens techniques et financiers ... développez vos contacts... et mettez la pression, c'est pour le bien des enfants..."

"L'IUFM, ce que l'éducation nationale a de pire"

Des enseignants témoignent sur LeMonde.fr de leur période d'apprentissage en IUFM. S'ils ne sont pas favorables à leur fermeture, conséquence de la réforme de la mastérisation des concours de l'enseignement, tous sont critiques envers cette institution qui les a formés.


  • Ce que l'éducation nationale a de pire, par Jean-Pierre Vincent 


Un stage de caporalisation avec tout ce que l'éducation nationale a de pire ! Les formateurs étaient souvent absents. Certains avaient peine à se faire écouter. Tous étaient des "amis" du responsable de la formation : agrégés sur liste d'aptitude (c'est-à-dire pour services rendus, sans concours, à discrétion de l'inspection), camarades de syndicats ou de partis... Tous les stages étaient prioritaires, au détriment même des heures de cours que nous avions à faire. L'ambiance était telle qu'un émargement avait lieu matin et après-midi                                                                                                     

  • Des enseignants déconnectés des réalités, par Eloise Laforet


Dans l'IUFM où j'ai été une année, des professeurs de collège et lycée apprennent à de futurs professeurs des écoles comment faire classe. Ces enseignants ne connaissent pas la tranche d'âge auxquels les futurs maîtres et maîtresses vont être confrontés. Quelle aide peut apporter un professeur de philosophie dans le cadre d'une leçon sur la division ? Le mien m'a conseillé d'aller voir un orthophoniste pour changer ma voix et de faire du karaté pour maîtriser mon rapport aux élèves.

Autre absurdité : il n y avait pas de cours en psychologie de l'enfant. Comment repérer l'enfant victime de maltraitance ? Quelle réponse donner à un enfant en deuil, un enfant violent, un enfant abusé sexuellement ? Est-il utile d'ajouter qu'en mathématiques, nous passions des heures à monter et démonter des jeux de construction ? Parce qu'il fallait se mettre à la place de l'élève !                                                                                   

  • "Les IUFM sont responsables de la réforme qui les fera disparaître", par Etienne Renault


Je garde des sentiments mitigés de l'IUFM. En effet, il m'a semblé qu'on nous obligeait à suivre des formations parfaitement inutiles, ou seule l'obligation d'assiduité poussait les stagiaires a venir. D'un autre côté, il y avait des cours utiles, mais il y reignait une sorte de "pensée unique" concernant les méthodes didactiques et pédagogiques, ce qui posait de gros problèmes d'adaptation à bien des stagiaires. De plus, le côté pratique de la formation était trop souvent occulté, on nous decrivait la réalité qui nous attendait (les collèges de banlieue pour la plupart) sans en dévoiler la totalité.

Je pense que les IUFM eux-mêmes sont a moitié responsables de la réforme qui les fera disparaître. Ils ont trop contribué a diffuser des cadres de pensée préétablis, à répandre des vieux schémas doctrinaux concernant la pédagogie. Leurs formateurs convaincus de détenir la vérité absolue dans le domaine de l'enseignement se sont eux-mêmes sabordés.        

  • Les IUFM : un outil idéologique, par Sébastien


Les IUFM ne m'ont rien appris. J'y ai suivi des séances d'un vide sidéral. On a essayé de m'y nourrir d'un pédagogisme imbécile, distillé par des spécialistes en "sciences de l'éducation", parfaitement stérile par rapport à ce que je pouvais connaître pendant mon stage "en situation".

Pire, on m'y a appris que j'étais là pour "vendre des cours à des élèves qui ne voulaient pas les acheter". Belle conception du service public. Les IUFM, sous le vide apparent qu'ils semblent recouvrir, sont en réalité un magnifique outil idéologique, au service d'une conception de l'éducation où "l'apprenant" doit avant tout apprendre... un métier. Bref, on a fait de moi un bon mouton, qui saura effectuer les tâches qu'on lui demande.           

  • "Un fossé entre la formation à l'IUFM et les besoins d'un prof débutant", par Tanguy Muret


L'IUFM, ce fut un an passé à entendre des docteurs en sciences de l'éducation, en sociologie, en psychologie pendant 3 à 4 heures de cours magistraux, ou à passer des après-midi entières en atelier pour "échanger ses pratiques éducatives" ou "partager son expérience".

Un an à perdre du temps à corriger ses copies (sans même se cacher ) pendant des journées entières. Car c'est bien là ma critique principale : le fossé entre la formation à l'IUFM et les besoins d'un prof débutant : faire ses cours, anticiper les devoirs, apprendre à être autoritaire, gérer les conflits et les élèves en difficulté, pour certains préparer les travaux pratiques qui demandent du matériel, et enfin, prendre du recul pour adapter ses cours aux différents élèves.

Beaucoup de jeunes profs se retrouvant l'année suivante en ZEP (c'est mon cas), il eut été préférable d'avoir des formations pratiques (sketch de mise en situation par exemple). Mais paraît-il, "cela ne s'apprend que sur le terrain".                                                    

  • "Une agence publique parasite que personne n'ose dénoncer", par Bill prof de philo


Je suis passé par l'IUFM en 2000. Les cours étaient consternants par leur contenu. J'ai suivi un cours sur la trajectoire de la lune (10 séances), sur la linguistique par quelqu'un qui n'en savait pas plus que moi, sur la manière de faire cours (on buvait des cafés).

Les maîtres sont en général soit des inadaptés à l'enseignement réel aux élèves (beaucoup moins tolérants que les stagiaires totalement dominés symboliquement), soit des malins qui cumulent les postes (ma "maîtresse" attitrée était en même temps professeure de classe prépa et directrice d'un centre pédagogique). Une année, beaucoup d'argent et de crédibilité de l'institution de perdu. Exemple parfait d'une agence publique parasite que personne n'ose dénoncer, soit par peur, soit par indifférence, soit par intérêt.                                                                                                          

  • L'impression de perdre son temps, par Sredni Vastar


Nous étions tenus d'aller à l'IUFM deux fois par semaine. Cela donnait une furieuse impression de perdre son temps. De temps en temps, un formateur avait préparé son travail et réfléchi à la question: c'était aussi rare qu'agréable. Bien entendu, les vraies questions n'étaient jamais abordées : il fallait supporter des discours abscons sur la psychologie de "l'adolescent difficile", forcément "en souffrance". J'ai un jour entendu : "Mais enfin, si un élève de cinquième ne finit pas une rédaction, c'est qu'il a peur de la mort !" Peu de réflexion, peu de véritable didactique. Encore aujourd'hui, je me demande comment deux formateurs IUFM peuvent se regarder sans rire.  

."Un immense gâchis",
par Eric Deshayes


J'ai réussi le concours l'année où les IUFM ont été créés, ce qui m'a valu d'être intégré directement en 2e année. Le souvenir que j'en ai gardé est un immense gâchis, une immense perte de temps : des journées entières à examiner les programmes du CP au BTS, des sessions passionnantes sur "Comment utiliser un rétroprojecteur ?" Quand on sortait de là, c'était en courant.

On a quand même eu deux séances intéressantes. Mais le reste du temps, tout cela aura été d'un ennui mortel. Nous attendions tous la même chose : comment tenir la classe ? Comment préparer nos cours ? Que faire avec les élèves difficiles ? Bref, du concret, pas du blabla...

On s'est mis en grève le "jour du rétroprojecteur". On a dit ce que nous attendions. On nous a écoutés. Et les choses ont repris leur train-train.                                              

  • Plus d'apport théorique, par Alain Badouet


La majorité des formateurs, des inspecteurs du primaire ont fait l'école normale et sont titulaires uniquement du baccalauréat. Ils forment des étudiants qui ont une formation universitaire BAC+3 au minimum. Profonde contradiction. J'ai vécu durant 2 ans cet appauvrissement, cet ennui, ce gaspillage de moyens humains et financiers car il y a absence d'apport théorique, d'évaluation par les étudiants, que les formateurs compensent par des recettes pour la classe clés en main.


    @+ pour "Vallèresentouraine" - un regard sur l'actualité !
 
  
Publié le 26/02/2009 à 12:58
Par valleresentouraine

Pour les protégés de la crise qui seraient les quelque dix millions de salariés qui sont plus ou moins protégés  dans la crise : fonctionnaires, salariés des entreprises publiques et des grandes banques, etc ? 

Et  que faire pour les milliers de salariés licenciés qui paient chaque semaine un prix très lourd à cette crise dont ni eux ni leurs employeurs ne sont dans la grande majorité des cas responsables?



Le scénario était écrit depuis plusieurs mois.
Chômage, le choc!


A nos portes, nos voisins ont annoncé ces derniers jours des chiffres catastrophiques : 387.000 chômeurs de plus en données brutes en Allemagne en janvier, 189.000 en Espagne, 160.000 en Pologne. Il n'empêche. La hausse chez nous de 90.200 du nombre de demandeurs d'emploi le mois dernier constitue un choc violent. La comparaison avec les autres pays européens est moins parlante qu'une autre réalité. Et cette réalité, c'est que la France n'a jamais enregistré d'évolution aussi rapide.


Cette envolée mois après mois rappelle d'abord une évidence. La première victime de la crise n'est pas le pouvoir d'achat. Ce ne sont pas les quelque dix millions de salariés qui sont plus ou moins protégés : fonctionnaires, salariés des entreprises publiques et des grandes banques, etc. Ce ne sont pas non plus enfin tous ceux qui manifestent le plus bruyamment contre des réformes - à tort ou à raison, c'est un autre sujet. C'est l'emploi dans le secteur privé. Des milliers de salariés paient chaque semaine un prix très lourd à ce tsunami venu d'ailleurs dont ni eux ni leurs employeurs ne sont dans la grande majorité des cas responsables. Certes, il y a eu d'autres crises. Mais la nouveauté est que les entreprises ajustent leurs effectifs en temps réel extrêmement rapidement, en commençant par les CDD et l'intérim. Cela permet-il d'espérer un rebond plus rapide ? On voudrait le croire et c'est possible, mais il serait présomptueux de l'affirmer avec certitude.


Pour Nicolas Sarkozy, ce coup supplémentaire est rude alors que le climat social est particulièrement tendu et que la confiance de l'opinion en lui s'érode. Le fait que la vague du chômage part heureusement de plus bas que lors de la récession de 1993 n'est qu'une mince consolation. Ce contexte va en tout cas ouvrir grand une fois de plus la boîte à idées des mesures chocs pour répondre à cette réalité inédite. Faut-il plus d'emplois aidés, faut-il revenir sur la détaxation des heures sup, voire comme le réclame déjà la gauche relancer le partage du travail ou « punir » les entreprises qui licencient ? Un impératif doit commander tout le reste : éviter les mesures irréversibles qui freineront la croissance et l'emploi quand ils repartiront.



Car ils repartiront mais quand et comment?

Propos  recueillis  dans la presse économique  par Henri KERISIT
pour  "Vallèresentouraine"- un regard sur l'actualité!

Publié le 26/02/2009 à 11:20
Par valleresentouraine

« Les entreprises doivent réfléchir à réduire le temps de travail » Par XAVIER LACOSTE - DIRECTEUR GÉNÉRAL DU CABINET ALTEDIA



Le nombre de chômeurs a augmenté de 90.200 en janvier, une hausse record. Cette contre-performance peut-elle se renouveler plusieurs mois de suite ?


Avec 64.000 chômeurs de plus en novembre, le gouvernement pensait déjà avoir atteint un sommet. Mais il pourrait bien aller de record en record s'il n'incite pas les entreprises à modifier leurs pratiques. Pour l'instant, le changement de conjoncture n'a pas modifié leur comportement : les DRH n'ont pratiquement pas recours aux dispositifs d'amortissement interne, qui permettraient de limiter les licenciements. Hormis quelques secteurs, comme l'hôtellerie, la chimie et la verrerie, les entreprises n'envisagent pas encore de réduire leur temps de travail pour limiter les licenciements. Les accords de RTT défensifs étaient largement utilisés, à la fin des années 1990, pour amortir le ralentissement de l'emploi. Mais pour une partie du Medef ou de la CGPME, ils semblent constituer un péché abominable. En période de crise, il serait pourtant légitime de mettre en oeuvre des solutions de crise. Le gouvernement pourrait renoncer aux heures supplémentaires défiscalisées, mises en oeuvre en 2007 dans un contexte d'expansion économique, au profit d'exonérations de charges liées à la réduction du temps de travail. Tout doit être fait pour que les licenciements économiques constituent un dernier recours.


Le soutien de l'Etat au chômage partiel permet-il de limiter la casse ?

Trop d'entreprises ignorent encore qu'elles y ont droit ! Nous parlons beaucoup de l'automobile et de la métallurgie, mais elles constituent des exceptions. Ces secteurs, qui vivent une véritable « Berezina », parviennent à limiter les départs. D'autres secteurs, qui vont pourtant mieux, multiplient les licenciements économiques sous la pression notamment de leurs actionnaires. Il faut que l'administration du travail comme Pôle Emploi fournisse un gros effort de pédagogie pour changer les réflexes.


Quelles orientations faut-il donner à la politique de l'emploi ?

Ce ne sont pas les mesures annoncées la semaine dernière par Nicolas Sarkozy qui vont freiner l'arrivée de dizaines de milliers de chômeurs tous les mois. Le nombre de contrats aidés est très inférieur à celui de la fin des années 1990. Il faut les réactiver, pour maintenir les compétences des salariés et leur permettre d'accéder à de nouvelles qualifications. La nouvelle convention d'assurance-chômage n'est, elle non plus, pas adaptée à la situation. Elle fait peser de lourdes menaces sur l'avenir. La durée d'indemnisation des chômeurs de longue durée va se réduire. Dans un an, c'est autant de personnes qui seront assistées par l'Etat, par le biais de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et le revenu de solidarité active (RSA). Les entreprises sont en train de perdre des compétences considérables. A long terme, cela peut leur coûter extrêmement cher.

Propos  recueillis  dans la presse économique  par Henri KERISIT
pour  "Vallèresentouraine"- un regard sur l'actualité!

Publié le 24/02/2009 à 21:13
Par valleresentouraine

Le pétrole pas cher: un leurre !


Avec 35 % de la consommation énergétique de la planète (et le même pourcentage en France, bien que les débats sur l'énergie aient une furieuse tendance à se focaliser sur le nucléaire ou l'éolien), le pétrole est la première des énergies consommées dans le monde. Mieux : quasiment plus aucune production, aujourd'hui, ne peut fonctionner sans transport, donc sans pétrole (qui alimente 98 % de ce qui roule sur terre). C'est vrai des activités de bureau, les salariés ayant besoin de se rendre à leur travail (pour beaucoup en voiture), mais aussi des commerces, dont l'essentiel n'existe plus sous la forme actuelle sans camions et sans voitures, des industries qui doivent chauffer des matières, réceptionner des fournitures et livrer des clients (tout ça en camion), et c'est encore vrai du tourisme (qui est difficile sans déplacement de touristes !) ou... de la presse, qui consomme de grandes quantités de papier qu'il a fallu fabriquer - avec de l'énergie - et qu'il faut distribuer une fois imprimé.


Non content d'étancher un tiers de notre soif énergétique, pour un prix ridicule (en Occident, le pétrole vaut mille fois moins cher que le travail humain qu'il remplace), le pétrole sert aussi d'étalon pour le prix des autres énergies. Le gaz (25 % de la consommation mondiale d'énergie) est ainsi vendu avec un prix qui varie largement comme celui du pétrole et c'est aussi largement vrai pour le charbon (20 % de l'énergie mondiale).

C'est donc dire que si le prix du pétrole augmente, c'est le prix de toute l'énergie qui augmente, y compris celui de l'électricité, puisque, dans le monde, les deux tiers de cette dernière sont fabriqués avec des combustibles fossiles. Et après ? Après, si le pétrole augmente vite, c'est... la récession. Depuis 1970, toutes les hausses significatives du prix du baril se sont terminées par une récession, pendant laquelle ledit prix s'est du reste mis à baisser. Mieux : sauf entre 1983 et 1986, le pétrole n'a baissé de manière longue que pendant les périodes de récession. Tout cela est normal : l'économie, ce n'est qu'une succession de transformations physiques et chimiques effectuées à partir des ressources naturelles, et, par définition, il n'existe pas de telles transformations sans énergie. Dès lors, tout devient très simple : un prix de l'énergie qui baisse, ce sont des transformations rendues moins onéreuses et donc une économie qui croît, et, à l'inverse, une énergie qui augmente rapidement, c'est la récession à peu près assurée.


85 % de notre consommation d'énergie actuelle venant de stocks finis (charbon, pétrole, gaz, uranium 235), les mathématiques nous imposent qu'il y aura, pour ces énergies, un maximum à la production annuelle puis un déclin. Pour le pétrole, les opérateurs (Total, Shell, BP et d'autres) ne cessent de nous répéter désormais que cela arrivera dans les cinq ans, si ce n'est déjà le cas, et dans les quinze ans pour le gaz. Il est à peu près évident que, si nous ne nous mettons pas en économie de guerre pour sortir de cette situation très vite, ce qui nous attend risque fort d'être plus une succession de récessions brièvement entrecoupées de rémissions que la hausse perpétuelle du pouvoir d'achat promise par le premier candidat venu.


Dans ce contexte, le pétrole redevenu peu cher est source de tous les dangers. Il laisse croire que le problème de l'approvisionnement a disparu, alors que c'est juste le reflet d'une demande qui baisse à cause de la récession ; il dissuade de faire les investissements structurants pour économiser l'énergie fossile, alors que ces derniers ne pourront être faits en une semaine « le moment venu », puisque cela concerne les logements, l'urbanisme industriel, les transports, la production électrique et même la structure des métiers ; il éloigne le spectre de la pénurie, alors que la récession actuelle menace justement la stabilité du monde et donc nos approvisionnements futurs.


Si un pétrole trop peu cher est une mauvaise affaire, même en temps de récession, la solution est d'une simplicité biblique : il faut en monter le prix. Même maintenant ? Oui, même maintenant, pour au moins deux raisons. La première est celle mise en avant par Obama quand il tend la main aux constructeurs auto en même temps qu'il veut renforcer les normes antipollution : il faut redémarrer l'activité (en fait l'emploi) sur de bonnes bases et donc avec la perspective d'un accès à l'énergie fossile qui ne sera pas de plus en plus facile, mais bien de plus en plus freiné, et qui doit de toute façon l'être pour éviter un changement climatique, dont les conséquences feront passer la crise actuelle pour une aimable plaisanterie. La seconde est que cela dégage des rentes disponibles pour les Etats consommateurs pour financer la reconversion, alors que sinon les producteurs fermeront les vannes, jusqu'au moment où le prix remontera, avec un effet net pour le consommateur final identique, sauf que c'est le producteur qui aura capté la rente et donc que le pays consommateur n'aura pas un centime pour payer sa reconversion.


Le débat qui naît sur la taxe carbone est donc bienvenu. Il faut juste ne pas se tromper de priorités : la taxe carbone n'est pas un accessoire à la suppression de la taxe professionnelle, mais une proposition principale dont une des contreparties est la fiscalité du travail. Car le principal but de cette taxe carbone n'est pas de boucher un trou dans les recettes de l'Etat, c'est de modifier le comportement des acteurs économiques pour sortir des combustibles fossiles avant que ce soit ces derniers qui nous sortent, c'est-à-dire provoquent des crises à répétition, dont celle-ci n'est peut-être qu'un premier exemple pas trop méchant. Pour parvenir à ce résultat, il faut des modalités particulières et notamment une hausse régulière et programmée du prix final pour le consommateur, seule manière de lui donner la nécessaire visibilité pour programmer ses investissements (des entreprises comme des ménages). Servir de bouche-trou à la suppression d'un autre impôt ne permet pas cette programmation indispensable, même si, à l'évidence, la question de la contrepartie se pose nécessairement dans tout débat fiscal. Enfin, il ne faut surtout pas attendre de sortir de la récession actuelle - largement due à la forte hausse du prix du pétrole qui a pris place de 2002 à 2008, on semble un peu trop l'oublier - pour recommencer à s'occuper de l'énergie : alors que nous sommes à quelques années tout au plus du plafonnement géologique de la production pétrolière, il y a toutes les chances que cette récession dure bien trop longtemps pour que nous puissions nous offrir un tel répit.

par Jean-Marc Jancovici,  consultant, enseignant et coauteur avec Alain Grandjean de « C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde », Le Seuil.

Analyse recueillie par Henri KERISIT
pour "Vallèresentouraine" -  un regard sur l'actualité!


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