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Publié le 01/10/2009
Par valleresentouraine

Vertigineux déficit  !


DOMINIQUE SEUX


Le projet de budget 2010 a donc été adopté hier en conseil des ministres. Il n’est pas seulement intéressant parce qu’il se veut le passage de relais entre la crise et la reprise ou, disons, la seringue qui maintient une économie fragile sous perfusion. C’est aussi un budget qui montre combien les deux années et demi qui restent jusqu’à 2012 vont être compliquées à gérer pour Nicolas Sarkozy.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’au fur et à mesure que l’idée s’impose que le pire de la crise est passé, c’est la question des déficits qui revient au premier plan, et ce n’était pas prévu. C’est un peu injuste car dans ce budget, il y a des vraies réformes et, qu’on les aime ou pas, des réformes qui ne sont pas faciles. La suppression de la taxe professionnelle, le RSA, la taxe carbone, la poursuite de la baisse du nombre de fonctionnaires de l’Etat. En temps normal, chacune aurait suffi à marquer le budget. Mais voilà, les déficits emportent tout sur leur passage.

Les chiffres, c’est évident, donnent le vertige et il faut vraiment que la crise ait fait valser les milliards et les esprits depuis un an pour qu’ils n’affolent pas. Le déficit public au sens large, Etat, sécurité sociale, atteindra l’an prochain 8,5% du PIB, de la production nationale. On se souvient que François Fillon avait déclaré la France en faillite quand il était à 2,7 %... La dette publique s’envole et les dépenses publiques battent un record historique et géographique à quasiment 56% du PIB.
Attention, naturellement, la relance était normale et inévitable, et mener une politique de rigueur cette année aurait été stupide. La France finira d’ailleurs 2009 avec une récession deux fois moins importante que la moyenne de la zone euro… Mais l’avenir est bien plus compliqué.

En fait, le problème de la France, c’est qu’elle sait monter l’escalier des déficits, rarement le descendre, et que chaque crise, 1981, 1993, 2009, fait gravir une marche de plus. Si on admet que la croissance ne va pas être flamboyante pendant un certain temps, la première conclusion est que ces déficits ne baisseront pas par magie d’ici 2012. Le moyen de les diminuer serait d’augmenter les impôts ou la CSG, ou de mener un vrai plan de rigueur, mais ce serait de la pure folie politique. Donc ils resteront très élevés… et pendant trois ans, on va vivre au rythme de l’annonce de « trous » avant que des mesures douloureuses, sur les recettes et les dépenses, soient prises après la présidentielle. Pas de quoi sauter au plafond d’enthousiasme.

Nicolas Sarkozy n’aurait-il alors aucune marge de manœuvre ? A cause des déficits, la porte des baisses d’impôts est fermée d’ici la présidentielle. Du coup, l’emprunt, qui n’est pas dans ce budget, est un moyen de se redonner de l’air, de la capacité d’agir, du côté des dépenses, au nom de la préparation de l’avenir. Le début de mandat a été marqué par une rupture libérale dont le rapport Attali était l’emblème. A mi-mandat, le virage est complet : Keynes devient la référence dans la crise mais aussi après la crise. Le pari est que les grands projets feront oublier la dette. C’est astucieux, audacieux mais, bien sûr, cela n’empêchera pas le compteur de la dette de continuer de tourner. Et c’est pour cela que le grand emprunt n’est pas une bonne idée
.
 
DOMINIQUE SEUX  est rédacteur en chef - France et International aux "Echos  (Blog journal « Les Echos ») - Cliquez ici pour consulter les commentaires ou  réagir à l’article


 
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